24/09/2016

Nelly Kaplan sur le web (sélection)

Nelly Kaplan sur le Web

Je recense ici une sélection des espaces internet consacrés à la cinéaste et romancière Nelly Kaplan, présente un peu partout dans mes espaces. Je voulais qu'elle eût aussi une place dans ce troisième blog. 

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Sur Wikipedia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nelly_Kaplan

https://en.wikipedia.org/wiki/Nelly_Kaplan

Une interview dans le Figaro

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http://www.lefigaro.fr/livres/2008/07/24/03005-20080724AR...

A la cinémathèque française

http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.ph...

Entretien - Fondation La Poste

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http://www.fondationlaposte.org/article.php3?id_article=1...

Rencontre/Entretien - La Sorbonne

https://masterprocinesorbonne.univ-paris1.fr/fileadmin/Ma...

Entretien avec Mireille Calle-Gruber

https://itineraires.revues.org/1328

A propos de Bunuel

https://www.youtube.com/watch?v=uiOpPae3p_w

Les films d'art de Nelly Kaplan

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http://musee-moreau.fr/actualite/dvd-gustave-moreau-et-au...

A l'Âge d'Homme

https://www.lagedhomme.com/ouvrages/nelly+kaplan/entrez,+...

Dans Lisible-Visible

https://books.google.be/books?id=oiSV-4hSFrsC&pg=PA22...

Chez Uni-France

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http://www.unifrance.org/annuaires/personne/5803/nelly-ka...

Sur France Musique - Sur Le Regard Picasso

http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france...

Divers

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http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogu...

http://www.clc-productions.com/nelly-kaplan-dans-tous-ses...

http://www.cineplus.fr/pid5889-cine-classic.html?vid=1232...

http://dorothyallenpickard.com/Nelly-Kaplan

http://www.joel-jegouzo.com/2015/05/le-regard-picasso-sui...

http://www.tallandier.com/auteur-341.htm

http://www.magazine-litteraire.com/nelly-kaplan-flibusti%...

http://www.castorastral.com/auteur/nelly-kaplan/

http://www.e-leclerc.com/espace+culturel/artiste/nelly-ka...

http://www.ventscontraires.net/article.cfm/10448_nelly_ka...

12/11/2015

Tentations Hottentotes

TENTATIONS HOTTENTOTES

Photographies : Philippe Bousseau

Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Vous serez là 

 

Vous serez là

penchée un peu

envoilée de peu

les fleurs auront séché

les mots flétris

feront sur la page

le dessin creux d’insectes morts

 

Il y aura pourtant

encore

le fruit rouge de votre bouche

sa pivoine ardente

et le lait chaud de ses paroles

 

Votre visage

posera la délicate durée d’un instant

devant le masque désobligeant

de l’éternité 

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Beauté

 

Quelque chose

n’épuise pas votre nudité

la longue algue brune de votre nudité

la laisse de vers de votre nudité

le fleuve de marbre de votre nudité

 

Quelque chose

qui vient du temps lointain

où la glaise épatée

entre deux mains

prenait forme

et sens

 

Quelque chose

qui durera bien après

le séisme de votre anéantissement

bien après que ma poèsie

aura cessé

de rendre un parfum

 

Quelque chose

qui tend un fil

- le dernier qui se rompra –

entre la douve chaude de l’origine

et le rêve moelleux

-inconséquent sans doute-

d’un avenir

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Recueillie, Kalinda

 

Je restais pris

au silence de ce violoncelle

tout entier resserré

sur la bogue

de sa forme parfaite

 

journée solaire

derrière la calme paupière

de la fenêtre close

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Frisson Noir

 

Elle s’était, ce jour-là,

accoudée

à l’épaule d’un ange,

bien que les anges,

chez moi, à la ville et dans le monde,

aient cesser d’exister

 

A travers elle

je trouvais dans la nostalgie d’eux

la sensuelle étoffe

d’une lumière opaque

 

et j’attendais, ma fille,

de vos yeux,

de vos seins,

de vos bras

qu’ils devinssent la hampe

en haut de quoi

flotterait mon frisson noir

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Afrodite

 

Kalinda, belle enfant,

c’est un bonheur, je le présume,

d’être ainsi Kalinda, le matin, à l’aube

quand, ouvrant la fenêtre,

vous proposez à la face du monde

ce sublime visage d’ébène

formé dans la glaise,

dans le sang de la nuit, 

dans le frai ocre des oiseaux

dans la paume même des dieux

pour donner à nos yeux

l’insaisissable mesure de la beauté

qui va

avec la mer

avec les merveilleux nuages

08/03/2014

Sur le flux

 S u r    L e    F l u x

avec l'indispensable concours de la beauté d'Hana Sandra
https://www.facebook.com/hana.sandra.5?fref=ts

Photographies : Philippe Bousseau - Flux : Denys-Louis Colaux

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SUR LE FLUX

Voilà, je voulais juste cela, te regarder et me laisser porter par le flux. Rêver que je fume une cigarette, que j'envoie des halos vers le ciel. Me laisser mener par le flux. Le flux qui me vient au spectacle de ton passage. Et de ta halte. L'idée me vient, - il me semble qu'il faut le dire aux hommes -, que la beauté n'est pas une manigance. Ni un fruit qui attend d'être cueilli. Ni une sollicitation. La séduction n'est pas un péché, ni un abandon. La beauté n'attend pas d'être hélée, sifflée, applaudie. Et là, dans le coin, dans la chute sombre du rideau, je m'apaise dans la contemplation de tes images où quelque chose de végétal rencontre l'essor d'un oiseau. Oui, le désir n'a jamais blessé ni flétri personne. Il vient à moi comme un long flux d'oxygène porté par un élan de jazz bleu. Ce qui salit les rues, la nuit, les lits et la vie tout entière, c'est la chute du désir dans le besoin, l'envie, la démangeaison. Son naufrage dans la boue. Oui, la chute, tout ce qui convoite la chute de l'autre relève de la déjection mentale. En attendant, dans cette tenue singulière qui hélas ne vêt jamais les femmes de la rue, voilà une belle créature comme on en croise dans les rêves. 

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LE MODÈLE DU POÈTE

La modèle entra. Je lui désignai le paravent et l'endroit où il fallait qu'elle prît place. Elle s'étonna. Ainsi, je n'avais ni appareil photographique, ni éclairage, ni chevalet, ni pinceaux, ni rien, en somme. Maintenant, dis-je, en me saisissant de mon stylographe et de mon carnet, taisons-nous, car je ne puis écrire mon poème que dans le silence. Elle eut cette allure de nymphe flottant dans la crème de ses voilures. Et j'écrivis un long poème nu et musical entouré de ténèbres, que je consacrai à l'absence et à la grâce d'un fantôme que je connais.

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FLEURS

Hana, connaissez-vous Baudelaire, Charles, roi des poètes, grand albatros, dandy tragique dans Paris ? Et Jenny Sabatier qui l'aime et devant qui le poète se dérobe ? Vous avez sa gorge superbe, telle que Clésinger la représente dans ce marbre intitulé Femme piquée par un serpent. Vous avez sa contorsion ultime, son agonie suave. Oui, pauvre mortel, je m'assois et je songe, léger, pris d'un vertige d'ascension, à de telles et somptueuses agonies de théâtre céleste. Et Jeanne Duval, Hana, la connaissez-vous ? Jeannne de Haïti peut-être, la Vénus noire. Son ombre ici, lascive et dansante, est autour de vous, boa constrictor et caressant. Et votre bouche rouge hante comme la sienne. Et vous avez encore quelque chose de l'actrice Marie Daubrun, ce visage, pour qui Baudelaire écrivit l'Invitation au voyage. Mais tout ceci n'est que la brume du ciel de mon rêve, l'écume de son eau en mouvement. Ici, Hana, il me semble que vous êtes tout entière immergée dans l'encre, les couleurs, le vin, le désespoir, l'aile, la mort, la volupté et la religion des Fleurs du mal. 

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LADY JEKYLL & MISS HYDE

Bon. Ici, Lady Jekyll. Là, Miss Hyde. I Miss my Lady. L'une et l'autre vous capturent comme des tableaux de Delacroix. De Zorn. De Velázquez. Tableaux de maître au magnétisme puissant. Le cas est plus étrange qu'il paraît. Dans un singulier mouvement de vases communicants, les vertus de l'une vont, aimantées, aux désordres de l'autre qui, émoustillés, cèdent. Les désordres de l'une ont la grâce des vertus, l'allégresse des oiseaux dans l'été, la lumière mouillée des dauphins bondissant dans la vague. Les vertus de l'autre sentent bon, goûtent sans doute le pain d'épices et vous laissent, vous abandonnent à ces impressions délicieuses de fonte sur la langue. De glissements lents dans la gorge. Un miel qui ferait en glissant un doux fredon d'abeille. De qui d'entre elles deux émanent ce souffle de vanille, ce parfum de muscat, cette vapeur d'encens ? De laquelle d'entre elles deux ce vers sublime, ce chant d'oiselle en fête, ce traînant accord de violoncelle ?  De qui ce lent drapé de velours nocturne, ce clair derme de lune, ce pas catégorique tout au fond du couloir ? Bon. Aucun suspense. J'emporterai chez moi, la belle et son miroir, me souciant peu de savoir qui est la femme, qui le reflet. Mon fantôme et moi savons qu'une vie ne suffit pas à démêler ces choses.

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EUPHORIE DU VOLUBILIS

Je dis d'abord : danseuse de boîte à musique, petite fleur d'antiquité. Je dis ensuite : ballerine à Paris et marquise à sa psyché, rêvant à un amant. Je dis alors : muguet monté en fille, un doigt de thé, un nuage de volupté, merci, une pincée de sucre. Je dis enfin : figure de rhétorique, génie de la neige, elfe dans le friselis des tilleuls, femme dans le navire de la chambre, pétale qui cache la fleur, je dis voilier de nuit, goéland d'algue blanche, mensonge et songe ensemble enlacés, mésange et ange l'un en l'autre engagés, prudence et danse au pas du même amble, carrare, arbre et marbre, curaçao et curare, poison et exocet, île et lien... Puis, je cesse de mâcher. Et je me tais, dans la douce euphorie du volubilis.

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22/02/2014

Patricia Eloy-Veltin

Patricia Eloy-Veltin (illustrations, photographies) - Denys-Louis Colaux (poèmes)

Essor de la messagère

 
Petite suite de poèmes pour mon amie Patricia Eloy-Veltin
ma petite messe profane et spirituelle pour l’essor de son âme
pour la fidélité de Fabienne, son soutien définitif
pour celles et ceux que je rencontre dans le sillage de Patricia

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Avertissement

Je ne voulais pas de quelque chose qui sentît l’huile ou la paix. Ni la résignation. Je voulais ces petits vers fragiles, immédiats, sortis de l’encrier du chagrin, mais aussi, de petites choses spontanément reconnaissantes, je voulais adresser à Patricia une petite chanson qui tremble. La voici, nue et pourtant vêtue d’un petit halo d’espérance.

En fond musical, une pièce d'Ibrahim Maalouf que j'avais proposée à Patricia le 10 février 2014. Voici ce qu'elle en avait dit : "Quelle superbe pièce où s'articulent jazz, rock et un côté impro à fois fois doux et tonique" Je la place ici.

http://www.youtube.com/watch?v=88iMXkQghZA

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Pour vous
j’assemble quelques vers
sous la forme et la voix
d’un lent violoncelle

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Désormais votre main
d’épistolière
n’est plus à l’autre bout
du clavier de nos mots 

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Où sont vos lettres ?
Votre silence me fait peur
au bout de la distance
une porte se ferme
comme une paupière qui glisse

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J’avais peur de l’instant
où rien dans la fenêtre
ne me ferait plus signe

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Oui à votre chevet
la douleur était longue
et je savais que trop de sang
roulait
rouge et brûlant
tout le long de votre aile

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le destin s’acharnait
à vous lester de plomb
à coucher des objets
sur les cordes
de votre clavecin

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vous vous étiez
un ange déjà éprouvé
pourtant je crois entendre
encore
en cet instant
ce soupçon ce désir
du rire dans vos mots
 
La vie à vos côtés
trouvait une alliée
l’avocate de dieu
tout un plaidoyer électrique
une rose des vents

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vous vous étiez curieuse
un genre
d’étoile noire
traversée par la braise
et vous avez trouvé
tout au fond de votre jardin secret
le goût des autres
le sens intime de l’écho
l’art magique de la correspondance

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vous vous étiez
une porteuse de messages
un être du relais
un vrai papillon virtuel
et quelque chose de vous
volette encore
vraiment
dans le désastre du silence
quelque chose de vous
volettera longtemps
fragile et durable
petit pollen
à la couleur du ciel

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vous
et votre hargne
votre féminité en gloire
votre colère
votre chemin d’indépendance
et votre soie féline
vous et votre calvaire 

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là mon épistolière
vous êtes désormais
un main délivrée
qu’emporte un grand aérostat

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votre beauté revient
à la surface de vos lèvres
et dans vos grands yeux sombres
une braise à nouveau s’avive
c’est ainsi
très humblement
que je veux votre entrée
dans le temps invisible
de la présence
 
dans la maison intime
de la mémoire
des gens

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Je souhaite pour vous
de la soie et de l’eau
et du lait pour guérir
les crispations de la douleur
je souhaite pour vous
des retrouvailles
de la musique et de la liberté
tout un tabac de fête
des levées de parfums
des caresses de chat
le passage incessant
d’un vent tout léger qui émeut
les lourds massifs de roses
 
et en-dessous de vous
dans la nuit tout en bas
visibles et dansants
les essaims de lucioles
que font au front des gens
leurs souvenirs de vous

 

Anthée, Belgique, 21-22 février 2014 

17/02/2014

Monsieur Flocon (4) - Burvenich-Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

quatrième partie

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7. La malle mystérieuse de Monsieur Flocon

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?
Alphonse de LAMARTINE
C’est dans un recoin du grenier,
entre un sommier et un chaudron,
dans une malle de fakir
que notre bon Monsieur Flocon
entreposent ses souvenirs.
Il consent à nous les montrer.
 
Il nous invite à nous asseoir.
Voulez-vous voir mes objets rares ?
demande-t-il d’une voix noire.
On répond : Oui, on veut savoir !
 
Voilà, voilà, dit-il
et d’un geste subtil,
sous nos yeux épatés,
il fait défiler les
très étonnants objets.
Le jeu a commencé.
 
Observez, mes amis,
le fabuleux fourbis :
que voici ? que voilà ?
que tiens-je entre les doigts ?
 
Un lampe brisée,
ma première chaussette,
une rose séchée,
un vieux fer à galettes !
 
Deux boules de Noël,
une montre à gousset,
un vieux pot de cannelle,
la moitié d’un balai.
 
Un sachet de ce thé
que buvait mon grand-père,
sa petite cuillère
et son vieux sucrier.
 
Le beau chapeau à fleurs
que portait grand-maman,
j’y sens toujours l’odeur
de ses longs cheveux blancs.
 
Un portrait de papa
que j’ai peint à la gouache,
par malheur, ça se voit,
j’ai loupé la moustache.
 
Une clé à molette,
mon tout premier cartable,
un patin à roulettes,
l’autre reste introuvable.
 
Patiner sur un pied,
bien sûr, c’est rassurant,
mais je dois l’avouer,
ce n’est pas amusant.
 
Dans ce papier de soie
maman a emballé
des cahiers d’écolier
et une équerre en bois.
 
Ce n’est pas tout, voici,
un oeuf de colibri
et dans son bel écrin
un insecte africain.
 
Un galet étonnant,
parfaitement ovale,
le manche d’une poêle
un masque de Tarzan.
 
Voilà, voilà, dit-il
et d’un geste subtil,
sous nos regards ravis,
il fait défiler les
très étonnants objets.
Et le jeu se poursuit.
 
Un message codé
qui doit rester secret,
un secret, c’est sacré,
c’est pourquoi je me tais.
 
Une loupe pour voir
l’oeil inquiétant des mouches,
le pommeau de la douche,
un morceau de miroir.
 
Une lettre d’amour
que je n’ai pas postée
Non, je n’ai pas osé
Peut-être bien qu’un jour ...
 
Ce fameux entonnoir
en l’orientant bien
m’a permis certains soirs
d’entendre les Martiens
 
Dans ce carnet de toile,
j’ai écrit quelques vers
qui parlent des étoiles
et des yeux de mon père.
 
Un flacon de santal,
c’est un parfum spécial :
il sent exactement
la nuque de maman.
 
Et ce n’est pas fini !
Un soulier de football.
Sachez que grâce à lui,
j’ai inscrit quatre goals !
 
Un panier en osier,
un casque de pompier
qui m’a été offert
par mon parrain Albert.
 
Un fabuleux pinceau
qui a peint des chefs-d’œuvre,
un revolver à eau
pour chasser la pieuvre.
 
Un trésor authentique :
quatre bijoux de verre,
un joyau en plastique,
la bourse d’un corsaire !
 
Voilà, voilà, dit-il
ma collection d’étoiles,
et d’un geste subtil,
sous nos yeux désolés,
il referme la malle.
Le jeu est terminé.

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8. Les petites pensées de Monsieur Flocon

Dans un petit carnet à spirales, jour après jour, Monsieur Flocon, très patiemment, note ses pensées. Certains jours, elles lui paraissent bleues ou roses, d’autres fois, il les trouve jaunes ou grises.
 
*
Je n’aime pas vraiment la pluie. Je suis passionné par les fleurs. La pluie, c’est l’aliment des fleurs. Quand je m’en souviens, j’aime un petit peu la pluie.
 
*
Les arbres sont des peignes à nuages.
 
*
Mes oreilles me font penser à des souvenirs de papillons.
 
*
Ma mère est si douce que ses gestes ressemblent à du tissu.
 
*
Les mains de papa peuvent tout faire, tenir un marteau ou cueillir une violette. Elles ne sont jamais ridicules.
 
 *
Je me demande parfois comment l’eau fait pour se laver ?
 
*
Dans un poème, les mots sont plus lents, on dirait qu’ils pensent plus fort.
 
*
Dans les contes, on ne dit jamais si les loups ont peur quand ils entendent hurler les hommes.
 
*
Parfois, on dirait qu’il y a des bougies dans les yeux de ma mère.
 
*
Quand j’écris, j’ai l’impression d’asseoir les paroles.
 
*
A quoi peut bien penser un mouton qui regarde des aiguilles à tricoter ?
 
*
Les fleurs ont-elles peur des vases ?
 
*
La terre tourne sans cesse et je n’ai pourtant jamais la nausée.
 
*
Parfois, le hublot de la machine à laver me donne envie de devenir marin.
 
 *
Sur un vélo, la roue arrière arrive toujours un peu en retard.
 
  * 
Dans l’avenir, il paraît que les gens ne sauront plus tailler les crayons.
 
*
D’une certaine façon, l’oiseau a de la chance car il vole. Oui, mais il mange aussi des vers de terre et des insectes.
 
*
Je parie que lorsque deux chardons se croisent, ils évitent de se serrer la main.
 
*
Durant l’averse, le lac pense : « Tiens, on a de la visite ! »
 
*
Les jours passent et l’avenir recule toujours. On dirait qu’il ne roule qu’en marche arrière.

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Un poème de Monsieur Flocon

Je vois dans les yeux de mon père
briller,
danser,
tout l’or de l’étoile polaire.
 
Je ne sais pas l’enfant qu’il fut,
prudent ?
ardent ?
Fut-il heureux, fut-il déçu ?
 
A-t-il gardé du temps passé,
parti,
enfui,
un souvenir émerveillé ?
 
Conserve-t-il au fond de lui,
un rien,
un brin,
de ce qu’il fut étant petit ?
 
En rêve, revoit-il parfois
son père,
sa mère,
ses meilleurs amis d’autrefois ?
 
J’entends dans la voix de mon père
rouler,
valser
le courant bleu de la rivière.

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Monsieur Flocon joue avec les sons

Saucisse & Citron
 
Un chic cycliste chauve et suisse
avait un chat nommé Saucisse.
Ce chat siamois s’attacha
à Citron, un chow-chow chinois.
 
Le chat trouvait le chien trés chou.
Le chow-chow encensait le chat.
Saucisse et citron se chôyaient
et sans cesse se chouchoutaient.
 
En croisant le chien et le chat
qui cheminaient vers leur chez-soi,
les passants chuchotaient : « Voilà
Don Quichotte et Sancho Pança ! »
 
Un chic cycliste chauve et suisse
avait un chat nommé Saucisse.
 
Le chant du sans-souci
 
C’est un petit chant de six sous
qui chasse les soucis.
Le chanter une fois suffit :
les soucis sont dissous !
 
La souris passe par le chas
de l’aiguille,
Le chat angora ne peut pas
mais sourit.
 
C’est un petit chant de six sous
qui chasse les soucis.
Le chanter une fois suffit :
les soucis sont dissous !
 
La triste autruche
 
Chaque soir, sur son haut perchoir,
en Autriche une triste autruche
sort un mouchoir de sa sacoche.
 
- Est-ce que quelque chose cloche ?
cherche à savoir une perruche
qui s’émeut de ce désespoir.
 
- Je suis seule et loin de chez moi,
chuchote l’autruche à voix basse.
 
- Mon bel oiseau, épanche-toi
c’est ainsi que le chagrin passe !

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9. La fête chez Monsieur Flocon

Monsieur Flocon a invité
tous ses amis pour le goûter.
On mangera du pain aux noix,
de la charlotte au chocolat.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
ses invités sont arrivés.
 
Ils sont venus tout souriants,
ils ont apporté des cadeaux.
Monsieur Flocon en déballant
découvre une pompe à vélo,
 
un canif, un panier de fruits,
une longue-vue, un réveil,
un étonnant bonnet de nuit
et des lunettes de soleil.
 
Monsieur Flocon est enchanté :
Mes amis, vous m’avez gâté !
 
Lucien rit de toutes ses dents.
Lucien a des jambes immenses.
Il dit qu’un jour, assurément,
il gagnera le Tour de France.
 
Il se voit déjà sur le trône,
revêtu d’un beau maillot jaune.
 
Benoît fait oui avec la tête,
Benoît aussi, c’est un athlète.
Il a bâti dans son jardin
un cabanon sous les sapins.
 
C’est un genre de Robinson
doublé d’un fameux bûcheron.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
il rit avec ses invités.
 
Marylou boit du jus d’orange.
Marylou a des mains d’artiste.
Plus tard elle sera fleuriste
ou bien dompteuse de mésanges.
 
Ses délicats doigts féminins
sont faits pour choyer le jasmin.
 
Lola avale un bol de lait.
Lola a de grands yeux distraits.
Elle est dans la lune souvent
et quelquefois en redescend.
 
Son joli regard indécis
semble épargné par les soucis.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
tout à l’air de bien se passer.
 
Polo mange du chocolat.
Polo n’est jamais rassasié.
Et c’est sans doute pour cela
qu’il veut devenir cuisinier.
 
En hommage à son estomac,
on l’appelle Gargantua.
 
Gigi déguste un doigt de thé.
Gigi raffole des goûters.
Elle adore pianoter
mais déteste la variété.
 
Elle écoute, en prenant son bain,
les barcarolles de Chopin.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
il ne voit pas l’heure avancer.
 
Emma s’exprime avec les mains.
Emma est grande et se tient bien.
Aéronaute ou couturière,
elle hésite entre deux carrières.
 
Un jour, elle ira dans Paris
au volant d’une Ferrari.
 
On parle ensemble et le temps passe.
- Polo, tu reprends une tasse ?
- Gigi, dis-moi, un doigt de thé ?
- Merci, il est temps de rentrer !
 
- Que ce thé était excellent !
- C’est, je crois, du thé de Ceylan !
 
Monsieur Flocon est désolé,
les invités vont s’en aller.
 
Déjà sur le seuil on s’adresse
un dernier geste de salut.
Les amis descendent la rue,
très lentement, ils disparaissent.
 
Monsieur Flocon est attristé
Les invités s’en sont allés.
 
On sait que tout a une fin
mais ce n’est pas la fin de tout
C’est convenu, le mois prochain,
on déjeune chez Marylou. 

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10. On repart à zéro

Ah ! tout est bien qui n’a pas de fin.
Jules Laforgue
Monsieur Flocon est fatigué,
ses yeux se ferment malgré lui,
Monsieur Flocon est plus léger
qu’une poche de confettis.
 
Et dans l’eau tiède de son bain,
il chevauche quelques dauphins.
De somptueux feux d’artifice
jaillissent de son dentifrice.
 
Son édredon, pris dans le vent,
se transforme en tapis volant.
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
c’est le roi du manche à balai.
 
Aux commandes de son airbus,
il traverse les cumulus.

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Monsieur Flocon (3) - Burvenich-Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

troisième partie

6. Monsieur Flocon se pose des questions

    Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ; c’est celui qui pose les vraies questions.
Claude LEVI-STRAUSS

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Monsieur Flocon se pose des questions
Pourquoi, pourquoi, au fond de moi
cette avalanche de pourquoi ?
Monsieur Flocon se pose la question ?
Sa pauvre tête fait penser
à un aquarium, un vivier
où nagent comme des poissons
mille points d’interrogation.
 
Sa pauvre tête fait penser
à un prunier, un cerisier
où chantent, comme des pinsons,
mille points d’interrogation.
 
Y a-t-il un sifflet
dans le cou des oiseaux ?
 
Que font les robinets
quand il n’y a pas d’eau ?
 
Qui a versé du sel
au fond des océans ?
 
Où s’accroche le ciel
quand se lève le vent ?
 
Pourquoi dort-on la nuit ?
Où s’en va la lumière ?
 
Qui a creusé les puits,
les trous dans le gruyère ?
 
Est-ce que les lucioles
ont mangé des falots ?
Est-ce qu’au fond de l’eau
le poisson-chat miaule ?
 
Et le requin-marteau
est-il tout à fait fou ?
Ou, avec son museau,
enfonce-t-il des clous ? 
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Le cou des okapis,
pourquoi est-il si long ?
Et pourquoi si petit,
celui des pucerons ?
 
Pourquoi est-ce en hiver
que les arbres sont nus ?
Pourquoi ces manteaux verts
quand l’été est venu ?
 
Pourquoi certaines filles
ont-elles au matin,
en franchissant la grille,
ce rire de dauphin ?
 
Quelle est la bouche immense
où le vent prend sa source ?
Est-ce un homme de science
qui conduit la Grande Ourse ?
 
Pourquoi suis-je repu,
pourquoi suis-je vêtu
quand d’autres sont privés,
souffreteux, dénudés ?
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
D’où viennent, quand je dors,
par quel chemin secret,
comme une poudre d’or,
les rêves que je fais ?
 
Quand le sommeil s’en va,
qu’advient-il des palais,
des corsaires, des rois,
des loups que je voyais ?
 
Et pourquoi la musique
me fait-elle danser
tout comme la colchique,
colchique dans les prés ?
 
Pourquoi la poésie
me convient-elle mieux
que la table par deux
ou la géométrie ?
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Monsieur Flocon se pose des questions
Pourquoi, pourquoi, au fond de moi
cette avalanche de pourquoi ?
 
Monsieur Flocon se pose la question ?
La ronde ne s’interrompt pas.
Pourquoi ceci ? Pourquoi cela ?
 
Et comme il n’en sait rien,
il compose un refrain.
De toutes ces questions,
il fait une chanson.

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La chanson des questions de Monsieur Flocon

Tout finit par des chansons.
BEAUMARCHAIS
 
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Il arrive que mon papa
donne parfois sa langue au chat.
 
Le chant d’un oiseau, c’est joli,
j’ignore pourtant ce qu’il dit.
Je crois qu’on ne sait jamais tout,
on n’apprend que des petits bouts.
 
Quelquefois ma maman prétend
qu’ignorer, c’est être savant.
 
Comme un épais banc de poissons
s’avancent toutes mes questions.
Leurs  belles écailles d’argent
luisent au fond de l’océan.
 
On ne peut jamais tout savoir,
tout savoir, c’est la mer à boire !
Mon ventre n’est pas assez grand
pour avaler tout l’océan.

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Les cheveux et les oreilles de Monsieur Flocon

Un secret a toujours la forme d’une oreille.
Jean COCTEAU
 
Puis-je vous demander, Monsieur,
à quoi vous servent ces cheveux ?
Ce sont de petits ornements
comparables aux fleurs des champs.
Ils font penser aux champignons
lorsqu’ils sont montés en chignons.
 
Puis-je vous demander, Monsieur,
à quoi vous servent ces oreilles ?
Apprenez que ces deux merveilles
sont des instruments très précieux.
Si je perdais ces pavillons,
je n’entendrais plus vos questions.

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Monsieur Flocon (2) (Burvenich-Colaux)

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

deuxième partie

4. La neige et la pluie selon Monsieur Flocon

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La Pluie
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
s’étonne en regardant la pluie.
Voyons, voyons,
toute cette eau, peut-être,
sert à laver les parapluies.
 
Et si c’était, tout cette eau,
les larmes des petits oiseaux ?
 
Peut-être bien qu’au paradis
se trouve un robinet qui fuit ?
 
Et si, à force de briller,
le soleil devait transpirer ?
 
Ou bien, chatouillé par les nues,
est-ce un astre qui éternue ?
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
s’étonne en regardant la pluie.
Voyons, voyons,
toute cette eau, peut-être,
sert à laver les parapluies.
 
La Neige
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
regarde la neige tomber.
Voyons, voyons,
tout ce coton, peut-être,
sert à vêtir les prés gelés.
 
Et si c’était, tout ce coton,
des petits morceaux d’édredons ?
 
Peut-être qu’on a déchiré,
au paradis, un oreiller ?
 
Et si c’étaient les alouettes
qui effeuillent des pâquerettes ?
 
Et si, pour le soir de Noël,
on plumait une dinde au ciel ?
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
regarde la neige tomber.
Voyons, voyons,
tout ce coton, peut-être,
sert à vêtir les prés gelés.

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Les yeux de Monsieur Flocon

Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose ;
Mais je ne sais pour quelle cause
Je ne distingue pas très bien.

Jean-Pierre Claris de FLORIAN

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces deux yeux ?
Ils me permettent d’observer,
les gens, les oiseaux, le ciel bleu.
 
Ils forment deux petits miroirs
où l’on peut lire mes pensées.
Je les ferme quand il fait noir
et je les croise pour loucher.
 
Quand je vais entrer en colère,
ils émettent de fins éclairs,
quand je suis heureux, ils sont clairs,
ils sont inondés de lumière.
 
Je m’en sers pour hypnotiser
les boas, les ours en peluche.
Si j’attrape la coqueluche,
ils sont tout rouges et cernés.
 
Ils se promènent dans les livres,
sur les écrans de cinéma.
Parfois un regard de Lola
les étonnent ou les enivrent.

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5. Les vocations successives de Monsieur Flocon

L’avenir est un lieu commode pour y mettre des songes.
Anatole FRANCE
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je pourrai marcher sur les mains,
j’inventerai l’arbre à bonbons,
je serai un grand chef indien.
 
Dans l’espace, j’irai cueillir
des fruits aux branches des étoiles.
J’apprendrai des tours de fakir.
Je naviguerai à la voile.
 
Je planterai des sucriers
dans mes parterres de fraisiers,
il suffira de se pencher
pour y prendre son déjeuner.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je composerai des chansons.
 
 
J’irai semer des arrosoirs
entre les dunes du désert.
En souvenir de l’oncle Edouard,
je mangerai du camembert.
 
J’aurai d’immenses chevaux bleus,
des arbres remplis d’oiseaux blancs.
Je peux déjà, dès à présent,
les voir rien qu’en fermant les yeux.
 
J’aurai tout au fond du jardin,
pris dans le vent, quatre moulins.
J’assemblerai avec des noeuds
les jours tristes, les jours heureux.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je construirai des avions.
 
J’irai peindre un nez à la lune.
Je trouverai des filons d’or
et lorsque j’aurai fait fortune,
je perdrai le goût des trésors.
 
J’aurai des châteaux sur la mer,
leurs ponts-levis toujours baissés,
et le soleil, même en hiver,
viendra s’asseoir dans mes rosiers.
 
Je lirai plus de cent romans
et j’en écrirai tout autant,
je trouverai même le temps
de paresser paisiblement.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
j’aurai la voix d’un baryton.
 
Patiemment je mettrai au point
des objets inimaginables :
un piano à queue gonflable
qui tiendra dans un sac à main,
 
un moteur qui fonctionne à l’eau,
un clou qui entre sans marteau
et un thermomètre magique
qui change la fièvre en musique.
 
J’irai m’asseoir dans la Grande Ourse
pour savoir à quoi, vu d’en haut,
ressemble ce petit noyau
où avait commencé ma course.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
j’accomplirai de grandes choses.
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
car pour l’instant, je me repose.

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Les deux pieds de Monsieur Flocon

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces deux pieds !
Ce sont deux étranges machines
qui habitent dans mes bottines.
 
Ce sont mes outils de transport,
mes petites autos de sport.
On trouve ces deux véhicules
garés en bas de mes rotules.
 
Ils ont l’oreille musicale,
ils savent battre la mesure,
ils vont travailler en chaussures,
et se reposent en sandales.
 
Dès qu’ils sont un peu fatigués,
je dois cesser de voyager.
Aussitôt qu’ils sont rétablis,
ils vont botter les penaltys.
 
Afin qu’ils ne prennent pas froid,
je leur achète des chaussettes.
L’été, pour qu’ils ne chauffent pas,
je les promène en sandalettes.

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Monsieur Flocon (1) - Burvenich / Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

première partie

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1. Petit portrait de Monsieur Flocon

Les jeux des enfants ne sont pas des jeux, et les faut juger en eux comme leurs plus sérieuses actions.
MONTAIGNE
 
Monsieur Flocon n’est pas très grand,
il n’est pas tout petit non plus.
Il est moins grand qu’un toboggan
mais il est visible à l’oeil nu.
 
Il est plus haut qu’un haricot,
plus rapide qu’un escargot.
Il est plus lourd qu’un canari
mais il est moins jaune que lui.
 
A la course, il peut rattraper
un lapereau pas trop pressé.
A l’arrêt, il est comparable
à la fixité des érables.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Il est plus fort qu’un papillon.
Il est moins rond qu’une cerise.
Il sait mettre seul sa chemise
et même recoudre un bouton.
 
C’est un formidable chasseur,
il peut attraper à mains nues
un moucheron, une laitue,
le téléphone, un pot de fleurs.
 
Il égale en agilité
l’ourson dans un salon de thé.
Il peut rien qu’en bombant le torse
imiter le maintien du morse.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Il a une excellente oreille,
il sait, à leurs bruissements d’ailes,
reconnaître les coccinelles,
les libellules, les abeilles.
 
C’est un athlète formidable,
il peut soulever sans effort
une cuiller, un transistor,
un problème, un coin de la table.
 
Il peut réciter de mémoire
Le Hareng Saur de Charles Cros,
pêcher au fond de sa baignoire
une baleine, un cachalot.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Souvent, quand le loup n’y est pas,
il se balade dans les bois.
Il connaît par leurs petits noms
les arbres et les champignons.
 
Il mâchonne de l’herbe aux chats.
Il aime les coquelicots
et le muguet pour ses grelots
qu’il fait tinter entre ses doigts.
 
Il aime la joute oratoire,
il imite à la perfection
l’accent anglais ou la bouilloire
parvenue à ébullition.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
C’est un musicien magnifique
qui fabrique ses instruments.
On lui doit la fourchette à vent
et la casserole acoustique.
 
Il aime l’eau et le savon,
il pratique la natation
avec l’aisance exceptionnelle
d’un poêlon dans l’eau de vaisselle.
 
Monsieur Flocon n’est pas très grand,
il n’est pas tout petit non plus.
Il est moins grand qu’un toboggan
mais il est visible à l’oeil nu.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.

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Le nez de Monsieur Flocon

Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.

PASCAL

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous sert ce joli nez ?
Ce nez me sert à deviner
ce qu’on mangera au dîner !
 
Grâce à lui, je peux renifler
l’odeur des fleurs, des blés coupés.
Je m’empresse de le pincer
quand l’air ambiant est pollué.
 
Quand il est un peu chatouillé,
il peut aussi éternuer.
S’il est gentil, bien disposé,
il se laisse parfois moucher.

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2. La semaine de Monsieur Flocon

Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger.

Jean GIONO

          

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Lundi

Chaque lundi, Monsieur Flocon,
ayant endossé son veston,
déjeune de quatre mouillettes
qu’il trempe dans la vinaigrette.
 
Sur son vélo à quatre roues,
au début de l’après-midi,
il va saluer ses amis
en Argentine ou au Pérou.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

     

Mardi

Chaque mardi, Monsieur Flocon,
vêtu d’un peignoir en pilou,
mange une tranche de bacon
et du pâté de kangourou.
 
Dans son avion à pédales,
dès que le ciel est dégagé,
il s’envole pour le Népal
où habite sa fiancée.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Mercredi

Le mercredi, Monsieur Flocon,
dans son pyjama à damier,
avale un civet de gibier
arrosé d’un jus de melon.
 
Sur son fier cheval à bascule,
dès que le soleil est levé,
il va cueillir des renoncules
dans les lacets des Pyrénées.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Jeudi

Chaque jeudi, Monsieur Flocon,
dans ses pantoufles à carreaux,
déguste du flan aux pruneaux
nappé d’un zeste de citron.
 
Et dans sa fusée en carton,
quand les étoiles sont visibles,
ayant pris la lune pour cible,
il part ausculter l’horizon.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

       

Vendredi

Le vendredi, Monsieur Flocon,
vêtu d’un simple caleçon,
se contente de deux harengs
et d’un espadon au vin blanc.
 
Et dans sa baignoire à vapeur
dont il fait ronfler les moteurs,
par beau soleil ou par grand vent,
il traverse les océans.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.
 

Samedi

Le samedi, Monsieur Flocon,
coiffé de son chapeau melon,
savoure un saucisson salé
servi sur des beignets soufflés.
 
Assis dans sa locomotive
qui crache des ronds de fumée,
il descend, en passant par Brive,
jusqu’à la Méditerranée.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Dimanche

Le dernier jour, Monsieur Flocon,
dans ses beaux habits du dimanche,
se gave d’un filet de tanche
et d’une soupe de poivrons.
 
Et quand il a bien digéré,
patinant sur sa trottinette,
il ne cesse plus de tourner
tout autour de sa maisonnette.
 
C’est évident, Monsieur Flocon
a beaucoup d’imagination.

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Les dix doigts de Monsieur Flocon

Les mains sont l’homme, ainsi que les ailes l’oiseau.

Germain NOUVEAU

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces dix doigts ?
Je m’en sers pour manipuler,
grâce à eux, je peux être adroit.
 
Ils rédigent, sur l’écritoire,
les chapitres de mes mémoires.
J’en use comme d’un boulier,
une machine à calculer.
 
J’en ai besoin, de temps en temps,
pour pratiquer un instrument.
Essayez de faire une note
en vous passant de vos menottes !
 
Mes doigts rendent visite aussi
à mon nez mais c’est impoli !
Ils caressent les primevères,
cueillent les tiges de bruyère.
 
Ils savent, le cas échéant,
pincer ou boxer les méchants.
Apprenez enfin que mes doigts
signalent la fin de mon bras.

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 La nuit selon Monsieur Flocon

Le jour, c’est la vie des êtres, mais la nuit, c’est la vie des choses.

Alphonse DAUDET

Le soir, dès qu’il fait noir,
il advient des choses bizarres.
 
J’entends danser les loirs,
les chats jouer de la guitare.
 
J’entends, dans les gouttières,
siffler des flûtes traversières.
 
J’entends, dans les buissons,
pianoter les hérissons.
 
J’entends le chant des feuilles,
le bêlement du chèvrefeuille.
 
Le soir, quand je m’endors,
tout ne s’éteint pas au dehors.
 
Les arbres, lentement,
lavent leurs cheveux dans le vent.
 
Comme des vêtements,
les ombres tremblent doucement.
 
Ayant quitté son mât,
la lune s’assoit sur le toit.
 
Les fleurs prennent le thé
avec un zeste de rosée.
 
Les lucioles posées
sèment des graines de clarté.
 
Dans le persil, un faon
allonge sa tête d’enfant.
 
Le soir, quand je m’endors,
tout ne s’éteint pas au dehors.

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 3. Un rêve de Monsieur Flocon

 

Un rêve sans étoiles est un rêve oublié.

Paul ELUARD 

Monsieur Flocon est un artiste
La nuit quand il dort, un rideau
se lève et d’immenses faisceaux
de lumière éclairent la piste.
 
Partout s’agitent des drapeaux.
Un clown souffle dans un trombone,
un autre sort de son chapeau
une colombe, un saxophone.
 
Une danseuse en habit d’or
s’avance sur un fil de fer.
Des chiens savants du Labrador
reboutonnent leurs gilets verts.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
Monsieur Flocon s’avance alors
aux cotés d’un tigre d’Asie.
Le fauve s’appelle Furie
et traverse des cerceaux d’or.
 
Il bondit par-dessus le feu,
son corps immense se détend
et soulève en atterrissant
un nuage de copeaux bleus.
 
Quand il rugit, le chapiteau
semble trembler de bas en haut.
Monsieur Flocon claque du doigt,
le tigre aussitôt se tient coi.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Monsieur Flocon tient dans sa main
une minuscule hirondelle,
puis il dépose sur son aile
la poudre de perlimpinpin.
 
Un petit peu, pas davantage,
juste une pincée, un nuage.
Monsieur Flocon souffle tout bas
les mots magiques adéquats.
 
Ils sont à peine chuchotés,
on n’en comprend que la moitié.
On ne perçoit qu’un friselis,
deux ou trois sons, un gazouillis.
 
L’oisillon, par enchantement,
disparaît dans un éclair blanc.
A l’endroit où il se tenait,
on voit fleurir un gros bouquet.
 
Monsieur Flocon ferme la main
et le bouquet s’évanouit,
tout doucement il rétrécit,
bientôt il n’en reste plus rien.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Monsieur Flocon crache du feu,
fait valser quatre chevaux noirs,
jongle avec trois douzaines d’oeufs
et passe au travers d’un miroir.
 
Monsieur Flocon dresse des pies,
s’allonge sous un éléphant,
hypnotise des otaries
et plonge dans un verre à dents.
 
Monsieur Flocon danse au plafond,
fait miauler un lionceau,
change une brosse en violon
et se peigne avec un poireau.
 
Monsieur Flocon s’accroche au mât,
s’époumone dans un tuba,
et transforme en fleur d’aloès
un immense cacatoès.
 
Monsieur Flocon charme un reptile,
s’étend entre deux crocodiles,
accomplit le saut de la mort
et rebondit comme un ressort.
 
Monsieur Flocon tord de l’acier,
s’avance à pieds nus dans la braise,
s’accroche d’un doigt au trapèze
et disparaît dans ses souliers.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Mais à l’approche du matin,
Le grand chapiteau disparaît.
Content du rêve qu’il a fait,
Monsieur Flocon s’éveille enfin.
 
Eteints, les rires et les cris !
Evaporés, les confettis !
Au robinet du lavabo,
Monsieur Flocon boit un peu d'eau.

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09/01/2014

FRIVOLES DE NUIT (Bousseau-Colaux)

F R I V O L E S   D E   N U I T

recueil virtuel

Avant-propos

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Je n'ai pas vécu en dehors de l'idée de la mort. J'avais six ans, elle était là, dans le formol de mon cauchemar, à la fenêtre de ma vie quotidienne. Béquille sublime. Parfois même, il m'a été donné de voir et d'éprouver la mort ainsi que les morts eux-mêmes l'éprouvent. La mort est un objet qui tombe de votre main et disparaît. Vous vous penchez sur le vide. L'objet a été anéanti. La mort est une feuille qui se déchire, le mort, c'est le texte sur cette feuille. Et un poème virtuel tombe dans l'oubli réel. C'est le cours des choses. Il en va ainsi des êtres, des poètes, des poèmes et, au demeurant, des crapules et des gens bien sous tous rapports. Et désormais, avant de songer à la beauté des femmes et des phrases, je mets mes lunettes de mort et je regarde les images infuser dans l'eau de leur effacement. Au moins, dis-je avec un dépit amusé d'amoureux de la forêt, au moins aurons-nous sali l'eau.

Dans le harem où dansent mes fantômes, dans ce lieu où mes phrases font leur métier de fleurs et leurs accords de jazz, le monde tout de même enfonce sa corne de grosse bête aveugle. Et le réel hélas vient uriner sur mes pelouses.  Et mes grands soufflets à jasmin luttent à armes inégales contre la puanteur du monde.  Jusqu'au cœur de la forêt où je m'entraîne à me perdre, les papiers gras du monde s'accrochent aux fougères. Ils se rappellent à moi jusqu'ici, ils viennent me jeter au visage la glu de leur fraternité, de leur incontestable présence, ils veulent m'aimer et me dépecer. 

Et la poésie est devenue le lieu supérieur de l'absence et de la solitude. Fusée de feuilles musicales, instant une seconde béni. 

 FRIVOLES DE NUIT

Photographies : Philippe Bousseau

http://philippe-bousseau.com/ 

Poèmes : Denys-Louis Colaux

Philomachie

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Desperado de la Méduse

Il faut que l’on évoque
avant de revenir
aux fleurs de la langueur
et aux étoiles de la volupté
 
Il faut que l’on évoque
avant de caresser
dans le sens du duvet
les choses de l’amour
 
Il faut que l’on évoque
avant le rire et l’étincelle
qui font la traversée
entre l’idée et le délice
 
il faut que l’on évoque
comme le bout
de notre destinée
humeuse et chaude
moite et vorace
la grosse truffe de la mort
 

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Paupières de lune

Au chaud de ta paupière
sous elle bien au chaud
les grands gibiers soyeux du rêve
dorment avec les gardes-chasse

Darling & Darjeeling & un doigt de volupthé 

Sur le mot langue
je fais glisser
l’idée d’un verbe
qui s’est fait chair
 
Dans le poème que j’écris
tes fleurs infusent
dans l’encre chaude
et paresseuse
de mes songes
 
Pour ciel-de-lit
je fais penser danser ensemble
le tomber d’ornement
et la chute de rein
 
à la fenêtre
la grande nuit
fume sans nous
sa longue cibiche de brume

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La baie de Lesbos

On y boit un vin féminin
il a le goût frais des mers intérieures
des mers engouffrées
dans le rouge de leur secret
 
on y boit un vin vendangé
aux vignes de la liberté
et pressé à mains nues
à la barbe des dieux
 
j’y dors quelquefois et vois l’aube
là-bas très lente se lever
comme le galbe d’un sein blanc
au bout d’un long geste de marbre

La geste des fées

Allons ma sœur
comme les fauves au point d’eau
vers la futilité
des choses solennelles
marchons mon cœur
comme des mercenaires
sur la frivolité
des instants graves
et que sur ta bouche à ton ventre
en tout endroit de toi
qu’il te plaira de me voir caresser
je remette la main
sur la légèreté
de nos ailes absentes 

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Allons ma soeur
ma goule
ma strige favorite
mon lotus au lait rose
j'ai goût à ne me dévouer
désormais qu'aux narcoses
de ton curare

Love Barnum Parade

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1.

Menuisons de concert
dans la limaille
solide du soleil
 
Hâlons vers nous
les mailles dénouées
de la nuit blanche 

2.

Ainsi que des gastéronautes
alunissons
à l’unisson

3.

Rejoignons la concierge
dans
l’escalier dérobé
de la volupté nue 

4.

Soyons au ciel
un violent envol de fléches
n’ayant pour cible qu’elles-mêmes
que leur union horizontale
soyons
un duo de
libellules frivoles
deux chimpanzés agenouillés
aux moelleux canapés
de la canopée bleue 

5.

Aux saveurs fauves
des savanes
soyons
deux girafes enguirlandées
du cou de l’autre 

6.

O ma chamelle
à l’amble somnambule
o mon ourse solaire 

7.

O ma Pgymalionne
ma pétrisseuse
ô ma chorale d'une voix

8.

Mon piano Pleyel
ô ma compositrice
ma factrice d’orchestre 

9.

Ma  trapéziste au ciel
ô  ma trappistine relapse
mon instrument métaphysique

10.

Ce soir dormons
l’un au giron de l’autre
l’un à l’autel de l’autre
l’un au catafalque de l’autre

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MOUVEMENTS AMOURHEUREUX

I.

Il faut aimer
comme l’épave appelle
le temps sacré de la croisière
comme une église rêve
au caillou de sa fondation
il faut
comme une main conçoit
les mouvements de la sonate
ainsi qu’un gant fait corps
avec l’espérance d’un geste

II.

Fais descendre la fête
au milieu de ton lit
la mort n’est pas si loin
qu’elle descende aussi
et le monde gonflé d’agonies et de joies
qu’il vienne aussi se réjouir
que les clowns s’asseyent
aux gradins de la chambre
Fais siéger ton armure
attache ton cheval dépose ton vélo
pas trop loin de ton lit
reçois dans le public
tes spectres favoris
tes amours précédentes
des touristes nippons
et quelques gens d’esprit
Installe
sous la scène les musiciens
les trombones les bugles
et les cuivres de Jéricho
et invite une harpe
c’est beau la harpe
mets au chevet
ici le livre et là l’instinct
ici le friselis des fées
là le crissement des cordages
ici l’étoffe du désir
là le tissu cru de l’envie   
puis comme on fait d’un dieu
quand l’église est bâtie
fais descendre la femme
et cède lui les oreillers
à présent que
quelque chose peut advenir
tu peux éteindre la lumière
et rendre le jour à sa cécité 

III.

Dans mon recueil
je chanterai
 l’œuvre que c’est une peau féminine
et comment c’est cousu
au tout nu fil de l’eau
et comment c’est ourlé
d’aigrette et de duvet
et comment lorsque c’est chéri
ça sent le benjoin de Siam
et ça luit tel que poli à la cire
d’abeille
et comment c’est moelleux
végétal aérien
à la langue et au doigt
et comment c’est un baume
pour le derme de l’âme
et comment en regard
de son éclat énamouré
tout et les sept merveilles
n’ont plus à voir
qu’avec les bibelots
des magasins de souvenirs 

IV.

Elle me laisse un mot
"Je suis au cœur
d’un grand deuil personnel
et une main froide me tient"
Et moi
en raison de ce deuil
et de cette main froide
je suis au beau milieu d’un lac
assis sur une barque
une brume très dense
s’est déposée
et je n’aperçois plus les berges 

VII.

J’aime la joueuse de clavecin
et le sursaut pincé
et dansant de ses seins
pendant  que rêveuse elle joue
le rappel des oiseaux
d’Euclide Orphée Rameau

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04/10/2013

Partie vivante de l'écorce

Partie vivante de l’écorce

Photographies : Philippe Bousseau
Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Le livre naît là-haut
là-bas aussi
dans la forêt serrée
et féminine
il naît
entre l’écorce
le mât et la voilure
de l’arbre
il se complaît
dans sa dentelle
et dans sa mer rêvée

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À son aube le livre
se tient fermé sur soi
blotti dans la sciure
comme un œuf que la foudre
n’a pas encore ouvert

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Le livre est dans le fût
dont la hache n’a pas
encor
frappé la hanche
le livre
est dans la chair
comme un cœur dans le torse
un galop dans le flanc
de la jument qui dort

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Le livre naît
d’une blessure
et d’un épanchement
de sève
Le livre est une gifle
à la paix de l’esprit

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Le livre
vit déjà
dans la féminité
de l’arbre
dans la hampe
de son élan

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Dans la vague des feuilles
que le vent lève
le livre apprend le chant
de son feuillettement
et par effleurements
par frôlements du ciel
il apprend le bleu d’encre
et il apprend l'azur
le vide
il se prépare
à la langue des signes

27/07/2013

La Fleur en abyme

A l'embouchure du fleuve Jazz 

Photos : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

La Fleur en abyme

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Je suis l'ardent credo du païen, la foi du charbonnier pris, confit dans le grisou, je suis l'enivré de dégoût et comme un réverbère sur l'asphalte j'aimerais que la Fleur en abyme se penchât un instant sur mon passage. Je vais au fleuve originel et final, au tout premier grain du désert, je vais au charbon, au fossile et j'aimerais que sur mon passage la Fleur en abyme s'ébrouât sur moi de son poids de rosée. Je tire mon morceau d'évanescence rassise vers le jardin de l'absence, vers le pays garanti des poireaux désespérés et comme un encensoir chassant l'essaim que le suaire attire, j'aimerais que la Fleur en abyme rafraîchît de son aile de rose le trébuchement annoncé de ma chute d'Icare.      

Pèlerin au pays féminin - n°1

A l'embouchure du fleuve Jazz

Photos : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

Pèlerin au pays féminin

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Je suis un pèlerin au pays féminin, dans la légende, le mensonge, au-dessus de la boue du réel, un pays où dieu s'est éteint dans les senteurs de sucre et de jasmin, dans la coulée rouge et bleue du poème, où il s'est dissous dans la blancheur laiteuse des caresses. Je suis un pèlerin là-bas où pas un fumier d'homme n'aventure son groin, je suis un pèlerin incorrect que son graal, - un harem figuré dans les roses - hèle et repousse définitivement. Je me retourne un instant et je vois près de cinq siècles en arrière glisser sur le cours de choses la silhouette rose de Louise Labé. Je regarde devant. Et c'est partout, devant. Partout, derrière. Et cette fleur au ciel est l'étoile solaire qui guide et égare mon pas de pèlerin migrateur. Je suis le pèlerin qui rit avec le pôle, l'épaule qui l'aimantent. Je suis un pèlerin au pays féminin et je n'aurai vu, au bout du chemin, que ce qui n'existe pas.