27/07/2013

La Fleur en abyme

A l'embouchure du fleuve Jazz 

Photos : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

La Fleur en abyme

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Je suis l'ardent credo du païen, la foi du charbonnier pris, confit dans le grisou, je suis l'enivré de dégoût et comme un réverbère sur l'asphalte j'aimerais que la Fleur en abyme se penchât un instant sur mon passage. Je vais au fleuve originel et final, au tout premier grain du désert, je vais au charbon, au fossile et j'aimerais que sur mon passage la Fleur en abyme s'ébrouât sur moi de son poids de rosée. Je tire mon morceau d'évanescence rassise vers le jardin de l'absence, vers le pays garanti des poireaux désespérés et comme un encensoir chassant l'essaim que le suaire attire, j'aimerais que la Fleur en abyme rafraîchît de son aile de rose le trébuchement annoncé de ma chute d'Icare.      

Pèlerin au pays féminin - n°1

A l'embouchure du fleuve Jazz

Photos : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

Pèlerin au pays féminin

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Je suis un pèlerin au pays féminin, dans la légende, le mensonge, au-dessus de la boue du réel, un pays où dieu s'est éteint dans les senteurs de sucre et de jasmin, dans la coulée rouge et bleue du poème, où il s'est dissous dans la blancheur laiteuse des caresses. Je suis un pèlerin là-bas où pas un fumier d'homme n'aventure son groin, je suis un pèlerin incorrect que son graal, - un harem figuré dans les roses - hèle et repousse définitivement. Je me retourne un instant et je vois près de cinq siècles en arrière glisser sur le cours de choses la silhouette rose de Louise Labé. Je regarde devant. Et c'est partout, devant. Partout, derrière. Et cette fleur au ciel est l'étoile solaire qui guide et égare mon pas de pèlerin migrateur. Je suis le pèlerin qui rit avec le pôle, l'épaule qui l'aimantent. Je suis un pèlerin au pays féminin et je n'aurai vu, au bout du chemin, que ce qui n'existe pas.  

A l'embouchure du fleuve Jazz - n°0

Notice atmosphérique : J'écoutais, en écrivant ceci, quelques pièces dispersées dans le temps (il me semble l'être moi-même) de Chet Baker que je signale ici, pour ceux que le voyage intérieur tente. Pour le reste, je cèdais à l'hypnose des photos de mon ami Philippe. Rien, selon moi, de plus jazz que la respiration musicale d'une femme baignée dans le spotlight  de son aura. Bousseau, - photographe, peintre, graveur, sertisseur, orfèvre : tout en un -, est un messager de la légende féminine et un grand capteur d'auras et de halos. Dès qu'il les a fixées, - à rebours des navrants entomologistes qui flinguent et épinglent - il les relâche et les regarde amoureusement s'essorer. Et puis, il se penche à sa table de travail et le voilà déjà qui menuise finement dans les matières évanescentes. Entre lui et moi, entre photographie et métaphore, un pont est jeté. On y voit tout au loin la terre promise et féminine. On n'entrera pas. Personne n'y entre. Pas même les femmes. Tout le reste est réalité. 

http://www.youtube.com/watch?v=60iTCMNG08A - http://www.youtube.com/watch?v=hBY6Ckk0CNA

http://www.youtube.com/watch?v=tO7HpibwCbA

A l'embouchure du fleuve Jazz

Photos : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

 

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