12/06/2013

Page de couverture

Poèmes & peintures

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Défrayées, arrosées

 

les nyctaginacées

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Laurence Burvenich : peintures

Denys-Louis Colaux : poèmes

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éditions Croque-Madame

Poème numéro 1 : O

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O

 

O souvenir de l’eau
aujourd’hui que toute eau
est saturée de goût

Poème numéro 3 : Le Tarif des femmes

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Tarif des femmes

 

C’est ici sur le seuil
du bordel que s’éteignent
l’élan du violon le silence du cygne

 

C’est ici que déchoit
en tout petit filet d’anchois 
le sortilège des sirènes

Poème numéro 2 : Le Début

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Le Début

 

Lourds chevaux de trait à la lune
pauvres hommes qui labourez
la chair mouillée de vos phantasmes
n’entendez-vous jamais ?

 

Taureaux bleutés dans la pénombre
travailleurs qui fendez en deux d’un coup de hache
la bûche allongée sous vos hanches
n’entendez-vous jamais ?

 

Bourricots gris du crépuscule
valets las qui fuyez le fumier noir de l’écurie
pour la croupe marron d’une jument nocturne
n’entendez-vous jamais

 

tinter au fond de vous
le début de votre squelette ?

Poème numéro 5 : A l'épicerie du mont de Vénus

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A l’épicerie du mont de Vénus

 

A l’épicerie du mont de Vénus
derrière les vitrines
sur quoi de larges coulées d’astres
dessinent des essors d’oiseaux
et des pissats d’archanges
tu restes sanglé à ton rêve

 

A l’épicerie du mont de Vénus
derrière les vitrines
où lasses des Magdaléennes
sur le fard de leurs lèvres passent
le rose enfantin d’un soupçon de langue
tu touches le corps de la solitude

 

A l’épicerie du mont de Vénus
derrière les vitrines
où la mort dans la mort
sous prétexte d’amour
vient enfoncer son clou
pour quelques pièces d’or
tu meurs tout bas comme un murmure

Poème numéro 4 : Le Client et la Mort

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Le Client et la Mort

 

Affligé heureux il sentait
la mort
dans son ventre d’homme grossir
inconcevable enfant conçu
qui déploie qui délivre
en crevant le cageot
où il est mis en bière
ses membres de marbre

 

Oui il sentait
la mort
dresser entre ses jambes
un bâton d’agonie
qu’il allait pour quelques billets
épancher à la lune
sur le canapé d’une pute

Poème numéro 6 : La nuit du bordel

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La nuit du bordel

 

Longue blanche et lourde
la nuit du bordel
devant elle pousse
de froids agneaux morts
et le corbillard
mauve et alenti
de la candeur qui
a jeté son loup
dans la bergerie

 

Longue blanche et lourde
la nuit du bordel
souille la marelle
des rêves d’amour
Carnage dans la
tendre porcelaine
des gestes d’amour
La rouille vit aux
clés des maisons closes
faïences fêlées
vieilles fiancées
belles fleurs foulées
sœurs défenestrées

 

Longue blanche et lourde
la nuit du bordel
comme une assoiffée
boit jusqu’à la lie
le picrate noir
des vignes noyées
le cri écrasé
des épouvantails
empaillés de sang
des perroquets gris
emperruqués d’ombre
et le venin mauve
de l’art d’échouer

Poème numéro 7 : S

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S

 

S dis-moi S
est-ce vrai qu’on verra un jour
des mouches s’essorer
par l’orifice de ton âme
est-ce vrai qu’on verra
du sang noir jaillir de la hampe de tes mots
de l’eau sourdre de tes silences
et dans le vase de ton coeur
l’amour se mêler à la morve
le sang à la salive
des étoiles tombées
S dis-moi S
est-ce sous ta semelle
les tessons de la lune
que je crois entendre crisser
ou bien sont-ce les osselets
du rossignol de Keats 

 

Langage des fleurs

 

Belle-de-nuit
fleur qui s’épanouit
à la chute du jour

 

Mirabilis
fleur qui passe en coulisse
sous le rideau de l’aube

Poème numéro 8 : Histoire d'amour

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Histoire d’amour 

 

Au crépuscule c’est un graal
preux chevalier
ventre à terre il se hâte
vers le clair calice de chair

 

Au loin la coupe a soif
la nuit est noire
il virevolte
c’est une hélice un phénix blanc

 

Comme Rastignac sur Paris
il se jette au vase sacré
o blandices
o eucharistie
il est assis
au paradis

 

Nu dans Eden
et dans la nuit
uni à elle

 

L’affaire est faite
au meuble d’eau
l’ingénue lave son vagin

Poème numéro 9 : Le travail

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Le travail

Elle avait longtemps transpiré
le creux de son aisselle flasque
les muscles las tout au long de sa hanche
lourdement exhalaient
le chrysanthème fatigué
par quelques nuits de gel
Et tandis que fourbue elle bâillait
en rêvant au bonheur
d’une nuit sans secousses
il cognait du bassin
dans le gras flageolant
des fesses de la femme
et devinait enfin
grimper à travers lui
les millilitres de la délivrance
Tout comme les ouailles
bafouillent les répons
d’une voix de cire qui fond
pendant qu’il émettait
en grognant comme un porc
elle fit : « Ah oui, mon chéri ! »
en songeant à 
déjà s’éponger

Poème numéro 10 - coda

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Ici repose un ange
sous un édredon froid
ici s’endort un messager
sous le poids de ses plumes
ici repose un ange saoul
Ici un gant un geste nu
un nuage aplati
s’allongent
sous le corps vide d’un oiseau
tombé
Ici signent un pacte
et mélangent leur sang
l’aumône et la monnaie
Ici s’abouchent
l’âme avec le méat
avec l’évier l’envie
Ici se ferment les lilas
ici comme des loups
que les fusils rattrapent
les illusions roulent au sol
Ici les seins sont des outils
les bouches les langues des ustensiles
ici tout est chauve et utile
Ici vivre et vomir
ont des suints siamois
Ici le vrai hélas
empeste la vérité
Ici la nuit
avec du parfum bon marché
chasse la naphtaline
et l’odeur des scrupules
Ici au fond du monde
les potences ont l’air
de longs bras accueillants

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Editions Croque-Madame - © Laurence Burvenich - Denys-Louis Colaux - Juin 2013