17/02/2014

Monsieur Flocon (3) - Burvenich-Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

troisième partie

6. Monsieur Flocon se pose des questions

    Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ; c’est celui qui pose les vraies questions.
Claude LEVI-STRAUSS

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Monsieur Flocon se pose des questions
Pourquoi, pourquoi, au fond de moi
cette avalanche de pourquoi ?
Monsieur Flocon se pose la question ?
Sa pauvre tête fait penser
à un aquarium, un vivier
où nagent comme des poissons
mille points d’interrogation.
 
Sa pauvre tête fait penser
à un prunier, un cerisier
où chantent, comme des pinsons,
mille points d’interrogation.
 
Y a-t-il un sifflet
dans le cou des oiseaux ?
 
Que font les robinets
quand il n’y a pas d’eau ?
 
Qui a versé du sel
au fond des océans ?
 
Où s’accroche le ciel
quand se lève le vent ?
 
Pourquoi dort-on la nuit ?
Où s’en va la lumière ?
 
Qui a creusé les puits,
les trous dans le gruyère ?
 
Est-ce que les lucioles
ont mangé des falots ?
Est-ce qu’au fond de l’eau
le poisson-chat miaule ?
 
Et le requin-marteau
est-il tout à fait fou ?
Ou, avec son museau,
enfonce-t-il des clous ? 
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Le cou des okapis,
pourquoi est-il si long ?
Et pourquoi si petit,
celui des pucerons ?
 
Pourquoi est-ce en hiver
que les arbres sont nus ?
Pourquoi ces manteaux verts
quand l’été est venu ?
 
Pourquoi certaines filles
ont-elles au matin,
en franchissant la grille,
ce rire de dauphin ?
 
Quelle est la bouche immense
où le vent prend sa source ?
Est-ce un homme de science
qui conduit la Grande Ourse ?
 
Pourquoi suis-je repu,
pourquoi suis-je vêtu
quand d’autres sont privés,
souffreteux, dénudés ?
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
D’où viennent, quand je dors,
par quel chemin secret,
comme une poudre d’or,
les rêves que je fais ?
 
Quand le sommeil s’en va,
qu’advient-il des palais,
des corsaires, des rois,
des loups que je voyais ?
 
Et pourquoi la musique
me fait-elle danser
tout comme la colchique,
colchique dans les prés ?
 
Pourquoi la poésie
me convient-elle mieux
que la table par deux
ou la géométrie ?
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Monsieur Flocon se pose des questions
Pourquoi, pourquoi, au fond de moi
cette avalanche de pourquoi ?
 
Monsieur Flocon se pose la question ?
La ronde ne s’interrompt pas.
Pourquoi ceci ? Pourquoi cela ?
 
Et comme il n’en sait rien,
il compose un refrain.
De toutes ces questions,
il fait une chanson.

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La chanson des questions de Monsieur Flocon

Tout finit par des chansons.
BEAUMARCHAIS
 
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Il arrive que mon papa
donne parfois sa langue au chat.
 
Le chant d’un oiseau, c’est joli,
j’ignore pourtant ce qu’il dit.
Je crois qu’on ne sait jamais tout,
on n’apprend que des petits bouts.
 
Quelquefois ma maman prétend
qu’ignorer, c’est être savant.
 
Comme un épais banc de poissons
s’avancent toutes mes questions.
Leurs  belles écailles d’argent
luisent au fond de l’océan.
 
On ne peut jamais tout savoir,
tout savoir, c’est la mer à boire !
Mon ventre n’est pas assez grand
pour avaler tout l’océan.

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Les cheveux et les oreilles de Monsieur Flocon

Un secret a toujours la forme d’une oreille.
Jean COCTEAU
 
Puis-je vous demander, Monsieur,
à quoi vous servent ces cheveux ?
Ce sont de petits ornements
comparables aux fleurs des champs.
Ils font penser aux champignons
lorsqu’ils sont montés en chignons.
 
Puis-je vous demander, Monsieur,
à quoi vous servent ces oreilles ?
Apprenez que ces deux merveilles
sont des instruments très précieux.
Si je perdais ces pavillons,
je n’entendrais plus vos questions.

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