17/02/2014

Monsieur Flocon (4) - Burvenich-Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

quatrième partie

a flocon fauteuil.JPG

7. La malle mystérieuse de Monsieur Flocon

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?
Alphonse de LAMARTINE
C’est dans un recoin du grenier,
entre un sommier et un chaudron,
dans une malle de fakir
que notre bon Monsieur Flocon
entreposent ses souvenirs.
Il consent à nous les montrer.
 
Il nous invite à nous asseoir.
Voulez-vous voir mes objets rares ?
demande-t-il d’une voix noire.
On répond : Oui, on veut savoir !
 
Voilà, voilà, dit-il
et d’un geste subtil,
sous nos yeux épatés,
il fait défiler les
très étonnants objets.
Le jeu a commencé.
 
Observez, mes amis,
le fabuleux fourbis :
que voici ? que voilà ?
que tiens-je entre les doigts ?
 
Un lampe brisée,
ma première chaussette,
une rose séchée,
un vieux fer à galettes !
 
Deux boules de Noël,
une montre à gousset,
un vieux pot de cannelle,
la moitié d’un balai.
 
Un sachet de ce thé
que buvait mon grand-père,
sa petite cuillère
et son vieux sucrier.
 
Le beau chapeau à fleurs
que portait grand-maman,
j’y sens toujours l’odeur
de ses longs cheveux blancs.
 
Un portrait de papa
que j’ai peint à la gouache,
par malheur, ça se voit,
j’ai loupé la moustache.
 
Une clé à molette,
mon tout premier cartable,
un patin à roulettes,
l’autre reste introuvable.
 
Patiner sur un pied,
bien sûr, c’est rassurant,
mais je dois l’avouer,
ce n’est pas amusant.
 
Dans ce papier de soie
maman a emballé
des cahiers d’écolier
et une équerre en bois.
 
Ce n’est pas tout, voici,
un oeuf de colibri
et dans son bel écrin
un insecte africain.
 
Un galet étonnant,
parfaitement ovale,
le manche d’une poêle
un masque de Tarzan.
 
Voilà, voilà, dit-il
et d’un geste subtil,
sous nos regards ravis,
il fait défiler les
très étonnants objets.
Et le jeu se poursuit.
 
Un message codé
qui doit rester secret,
un secret, c’est sacré,
c’est pourquoi je me tais.
 
Une loupe pour voir
l’oeil inquiétant des mouches,
le pommeau de la douche,
un morceau de miroir.
 
Une lettre d’amour
que je n’ai pas postée
Non, je n’ai pas osé
Peut-être bien qu’un jour ...
 
Ce fameux entonnoir
en l’orientant bien
m’a permis certains soirs
d’entendre les Martiens
 
Dans ce carnet de toile,
j’ai écrit quelques vers
qui parlent des étoiles
et des yeux de mon père.
 
Un flacon de santal,
c’est un parfum spécial :
il sent exactement
la nuque de maman.
 
Et ce n’est pas fini !
Un soulier de football.
Sachez que grâce à lui,
j’ai inscrit quatre goals !
 
Un panier en osier,
un casque de pompier
qui m’a été offert
par mon parrain Albert.
 
Un fabuleux pinceau
qui a peint des chefs-d’œuvre,
un revolver à eau
pour chasser la pieuvre.
 
Un trésor authentique :
quatre bijoux de verre,
un joyau en plastique,
la bourse d’un corsaire !
 
Voilà, voilà, dit-il
ma collection d’étoiles,
et d’un geste subtil,
sous nos yeux désolés,
il referme la malle.
Le jeu est terminé.

a floc 19.JPG

8. Les petites pensées de Monsieur Flocon

Dans un petit carnet à spirales, jour après jour, Monsieur Flocon, très patiemment, note ses pensées. Certains jours, elles lui paraissent bleues ou roses, d’autres fois, il les trouve jaunes ou grises.
 
*
Je n’aime pas vraiment la pluie. Je suis passionné par les fleurs. La pluie, c’est l’aliment des fleurs. Quand je m’en souviens, j’aime un petit peu la pluie.
 
*
Les arbres sont des peignes à nuages.
 
*
Mes oreilles me font penser à des souvenirs de papillons.
 
*
Ma mère est si douce que ses gestes ressemblent à du tissu.
 
*
Les mains de papa peuvent tout faire, tenir un marteau ou cueillir une violette. Elles ne sont jamais ridicules.
 
 *
Je me demande parfois comment l’eau fait pour se laver ?
 
*
Dans un poème, les mots sont plus lents, on dirait qu’ils pensent plus fort.
 
*
Dans les contes, on ne dit jamais si les loups ont peur quand ils entendent hurler les hommes.
 
*
Parfois, on dirait qu’il y a des bougies dans les yeux de ma mère.
 
*
Quand j’écris, j’ai l’impression d’asseoir les paroles.
 
*
A quoi peut bien penser un mouton qui regarde des aiguilles à tricoter ?
 
*
Les fleurs ont-elles peur des vases ?
 
*
La terre tourne sans cesse et je n’ai pourtant jamais la nausée.
 
*
Parfois, le hublot de la machine à laver me donne envie de devenir marin.
 
 *
Sur un vélo, la roue arrière arrive toujours un peu en retard.
 
  * 
Dans l’avenir, il paraît que les gens ne sauront plus tailler les crayons.
 
*
D’une certaine façon, l’oiseau a de la chance car il vole. Oui, mais il mange aussi des vers de terre et des insectes.
 
*
Je parie que lorsque deux chardons se croisent, ils évitent de se serrer la main.
 
*
Durant l’averse, le lac pense : « Tiens, on a de la visite ! »
 
*
Les jours passent et l’avenir recule toujours. On dirait qu’il ne roule qu’en marche arrière.

a floc 11.JPG

Un poème de Monsieur Flocon

Je vois dans les yeux de mon père
briller,
danser,
tout l’or de l’étoile polaire.
 
Je ne sais pas l’enfant qu’il fut,
prudent ?
ardent ?
Fut-il heureux, fut-il déçu ?
 
A-t-il gardé du temps passé,
parti,
enfui,
un souvenir émerveillé ?
 
Conserve-t-il au fond de lui,
un rien,
un brin,
de ce qu’il fut étant petit ?
 
En rêve, revoit-il parfois
son père,
sa mère,
ses meilleurs amis d’autrefois ?
 
J’entends dans la voix de mon père
rouler,
valser
le courant bleu de la rivière.

a floc oreille.JPG

Monsieur Flocon joue avec les sons

Saucisse & Citron
 
Un chic cycliste chauve et suisse
avait un chat nommé Saucisse.
Ce chat siamois s’attacha
à Citron, un chow-chow chinois.
 
Le chat trouvait le chien trés chou.
Le chow-chow encensait le chat.
Saucisse et citron se chôyaient
et sans cesse se chouchoutaient.
 
En croisant le chien et le chat
qui cheminaient vers leur chez-soi,
les passants chuchotaient : « Voilà
Don Quichotte et Sancho Pança ! »
 
Un chic cycliste chauve et suisse
avait un chat nommé Saucisse.
 
Le chant du sans-souci
 
C’est un petit chant de six sous
qui chasse les soucis.
Le chanter une fois suffit :
les soucis sont dissous !
 
La souris passe par le chas
de l’aiguille,
Le chat angora ne peut pas
mais sourit.
 
C’est un petit chant de six sous
qui chasse les soucis.
Le chanter une fois suffit :
les soucis sont dissous !
 
La triste autruche
 
Chaque soir, sur son haut perchoir,
en Autriche une triste autruche
sort un mouchoir de sa sacoche.
 
- Est-ce que quelque chose cloche ?
cherche à savoir une perruche
qui s’émeut de ce désespoir.
 
- Je suis seule et loin de chez moi,
chuchote l’autruche à voix basse.
 
- Mon bel oiseau, épanche-toi
c’est ainsi que le chagrin passe !

a floc doigts.JPG

9. La fête chez Monsieur Flocon

Monsieur Flocon a invité
tous ses amis pour le goûter.
On mangera du pain aux noix,
de la charlotte au chocolat.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
ses invités sont arrivés.
 
Ils sont venus tout souriants,
ils ont apporté des cadeaux.
Monsieur Flocon en déballant
découvre une pompe à vélo,
 
un canif, un panier de fruits,
une longue-vue, un réveil,
un étonnant bonnet de nuit
et des lunettes de soleil.
 
Monsieur Flocon est enchanté :
Mes amis, vous m’avez gâté !
 
Lucien rit de toutes ses dents.
Lucien a des jambes immenses.
Il dit qu’un jour, assurément,
il gagnera le Tour de France.
 
Il se voit déjà sur le trône,
revêtu d’un beau maillot jaune.
 
Benoît fait oui avec la tête,
Benoît aussi, c’est un athlète.
Il a bâti dans son jardin
un cabanon sous les sapins.
 
C’est un genre de Robinson
doublé d’un fameux bûcheron.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
il rit avec ses invités.
 
Marylou boit du jus d’orange.
Marylou a des mains d’artiste.
Plus tard elle sera fleuriste
ou bien dompteuse de mésanges.
 
Ses délicats doigts féminins
sont faits pour choyer le jasmin.
 
Lola avale un bol de lait.
Lola a de grands yeux distraits.
Elle est dans la lune souvent
et quelquefois en redescend.
 
Son joli regard indécis
semble épargné par les soucis.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
tout à l’air de bien se passer.
 
Polo mange du chocolat.
Polo n’est jamais rassasié.
Et c’est sans doute pour cela
qu’il veut devenir cuisinier.
 
En hommage à son estomac,
on l’appelle Gargantua.
 
Gigi déguste un doigt de thé.
Gigi raffole des goûters.
Elle adore pianoter
mais déteste la variété.
 
Elle écoute, en prenant son bain,
les barcarolles de Chopin.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
il ne voit pas l’heure avancer.
 
Emma s’exprime avec les mains.
Emma est grande et se tient bien.
Aéronaute ou couturière,
elle hésite entre deux carrières.
 
Un jour, elle ira dans Paris
au volant d’une Ferrari.
 
On parle ensemble et le temps passe.
- Polo, tu reprends une tasse ?
- Gigi, dis-moi, un doigt de thé ?
- Merci, il est temps de rentrer !
 
- Que ce thé était excellent !
- C’est, je crois, du thé de Ceylan !
 
Monsieur Flocon est désolé,
les invités vont s’en aller.
 
Déjà sur le seuil on s’adresse
un dernier geste de salut.
Les amis descendent la rue,
très lentement, ils disparaissent.
 
Monsieur Flocon est attristé
Les invités s’en sont allés.
 
On sait que tout a une fin
mais ce n’est pas la fin de tout
C’est convenu, le mois prochain,
on déjeune chez Marylou. 

a floc 11.JPG

10. On repart à zéro

Ah ! tout est bien qui n’a pas de fin.
Jules Laforgue
Monsieur Flocon est fatigué,
ses yeux se ferment malgré lui,
Monsieur Flocon est plus léger
qu’une poche de confettis.
 
Et dans l’eau tiède de son bain,
il chevauche quelques dauphins.
De somptueux feux d’artifice
jaillissent de son dentifrice.
 
Son édredon, pris dans le vent,
se transforme en tapis volant.
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
c’est le roi du manche à balai.
 
Aux commandes de son airbus,
il traverse les cumulus.

a flocon baignoire.JPG

Les commentaires sont fermés.