17/02/2014

Monsieur Flocon (1) - Burvenich / Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

première partie

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1. Petit portrait de Monsieur Flocon

Les jeux des enfants ne sont pas des jeux, et les faut juger en eux comme leurs plus sérieuses actions.
MONTAIGNE
 
Monsieur Flocon n’est pas très grand,
il n’est pas tout petit non plus.
Il est moins grand qu’un toboggan
mais il est visible à l’oeil nu.
 
Il est plus haut qu’un haricot,
plus rapide qu’un escargot.
Il est plus lourd qu’un canari
mais il est moins jaune que lui.
 
A la course, il peut rattraper
un lapereau pas trop pressé.
A l’arrêt, il est comparable
à la fixité des érables.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Il est plus fort qu’un papillon.
Il est moins rond qu’une cerise.
Il sait mettre seul sa chemise
et même recoudre un bouton.
 
C’est un formidable chasseur,
il peut attraper à mains nues
un moucheron, une laitue,
le téléphone, un pot de fleurs.
 
Il égale en agilité
l’ourson dans un salon de thé.
Il peut rien qu’en bombant le torse
imiter le maintien du morse.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Il a une excellente oreille,
il sait, à leurs bruissements d’ailes,
reconnaître les coccinelles,
les libellules, les abeilles.
 
C’est un athlète formidable,
il peut soulever sans effort
une cuiller, un transistor,
un problème, un coin de la table.
 
Il peut réciter de mémoire
Le Hareng Saur de Charles Cros,
pêcher au fond de sa baignoire
une baleine, un cachalot.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Souvent, quand le loup n’y est pas,
il se balade dans les bois.
Il connaît par leurs petits noms
les arbres et les champignons.
 
Il mâchonne de l’herbe aux chats.
Il aime les coquelicots
et le muguet pour ses grelots
qu’il fait tinter entre ses doigts.
 
Il aime la joute oratoire,
il imite à la perfection
l’accent anglais ou la bouilloire
parvenue à ébullition.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
C’est un musicien magnifique
qui fabrique ses instruments.
On lui doit la fourchette à vent
et la casserole acoustique.
 
Il aime l’eau et le savon,
il pratique la natation
avec l’aisance exceptionnelle
d’un poêlon dans l’eau de vaisselle.
 
Monsieur Flocon n’est pas très grand,
il n’est pas tout petit non plus.
Il est moins grand qu’un toboggan
mais il est visible à l’oeil nu.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.

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Le nez de Monsieur Flocon

Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.

PASCAL

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous sert ce joli nez ?
Ce nez me sert à deviner
ce qu’on mangera au dîner !
 
Grâce à lui, je peux renifler
l’odeur des fleurs, des blés coupés.
Je m’empresse de le pincer
quand l’air ambiant est pollué.
 
Quand il est un peu chatouillé,
il peut aussi éternuer.
S’il est gentil, bien disposé,
il se laisse parfois moucher.

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2. La semaine de Monsieur Flocon

Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger.

Jean GIONO

          

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Lundi

Chaque lundi, Monsieur Flocon,
ayant endossé son veston,
déjeune de quatre mouillettes
qu’il trempe dans la vinaigrette.
 
Sur son vélo à quatre roues,
au début de l’après-midi,
il va saluer ses amis
en Argentine ou au Pérou.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

     

Mardi

Chaque mardi, Monsieur Flocon,
vêtu d’un peignoir en pilou,
mange une tranche de bacon
et du pâté de kangourou.
 
Dans son avion à pédales,
dès que le ciel est dégagé,
il s’envole pour le Népal
où habite sa fiancée.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Mercredi

Le mercredi, Monsieur Flocon,
dans son pyjama à damier,
avale un civet de gibier
arrosé d’un jus de melon.
 
Sur son fier cheval à bascule,
dès que le soleil est levé,
il va cueillir des renoncules
dans les lacets des Pyrénées.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Jeudi

Chaque jeudi, Monsieur Flocon,
dans ses pantoufles à carreaux,
déguste du flan aux pruneaux
nappé d’un zeste de citron.
 
Et dans sa fusée en carton,
quand les étoiles sont visibles,
ayant pris la lune pour cible,
il part ausculter l’horizon.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

       

Vendredi

Le vendredi, Monsieur Flocon,
vêtu d’un simple caleçon,
se contente de deux harengs
et d’un espadon au vin blanc.
 
Et dans sa baignoire à vapeur
dont il fait ronfler les moteurs,
par beau soleil ou par grand vent,
il traverse les océans.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.
 

Samedi

Le samedi, Monsieur Flocon,
coiffé de son chapeau melon,
savoure un saucisson salé
servi sur des beignets soufflés.
 
Assis dans sa locomotive
qui crache des ronds de fumée,
il descend, en passant par Brive,
jusqu’à la Méditerranée.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Dimanche

Le dernier jour, Monsieur Flocon,
dans ses beaux habits du dimanche,
se gave d’un filet de tanche
et d’une soupe de poivrons.
 
Et quand il a bien digéré,
patinant sur sa trottinette,
il ne cesse plus de tourner
tout autour de sa maisonnette.
 
C’est évident, Monsieur Flocon
a beaucoup d’imagination.

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Les dix doigts de Monsieur Flocon

Les mains sont l’homme, ainsi que les ailes l’oiseau.

Germain NOUVEAU

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces dix doigts ?
Je m’en sers pour manipuler,
grâce à eux, je peux être adroit.
 
Ils rédigent, sur l’écritoire,
les chapitres de mes mémoires.
J’en use comme d’un boulier,
une machine à calculer.
 
J’en ai besoin, de temps en temps,
pour pratiquer un instrument.
Essayez de faire une note
en vous passant de vos menottes !
 
Mes doigts rendent visite aussi
à mon nez mais c’est impoli !
Ils caressent les primevères,
cueillent les tiges de bruyère.
 
Ils savent, le cas échéant,
pincer ou boxer les méchants.
Apprenez enfin que mes doigts
signalent la fin de mon bras.

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 La nuit selon Monsieur Flocon

Le jour, c’est la vie des êtres, mais la nuit, c’est la vie des choses.

Alphonse DAUDET

Le soir, dès qu’il fait noir,
il advient des choses bizarres.
 
J’entends danser les loirs,
les chats jouer de la guitare.
 
J’entends, dans les gouttières,
siffler des flûtes traversières.
 
J’entends, dans les buissons,
pianoter les hérissons.
 
J’entends le chant des feuilles,
le bêlement du chèvrefeuille.
 
Le soir, quand je m’endors,
tout ne s’éteint pas au dehors.
 
Les arbres, lentement,
lavent leurs cheveux dans le vent.
 
Comme des vêtements,
les ombres tremblent doucement.
 
Ayant quitté son mât,
la lune s’assoit sur le toit.
 
Les fleurs prennent le thé
avec un zeste de rosée.
 
Les lucioles posées
sèment des graines de clarté.
 
Dans le persil, un faon
allonge sa tête d’enfant.
 
Le soir, quand je m’endors,
tout ne s’éteint pas au dehors.

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 3. Un rêve de Monsieur Flocon

 

Un rêve sans étoiles est un rêve oublié.

Paul ELUARD 

Monsieur Flocon est un artiste
La nuit quand il dort, un rideau
se lève et d’immenses faisceaux
de lumière éclairent la piste.
 
Partout s’agitent des drapeaux.
Un clown souffle dans un trombone,
un autre sort de son chapeau
une colombe, un saxophone.
 
Une danseuse en habit d’or
s’avance sur un fil de fer.
Des chiens savants du Labrador
reboutonnent leurs gilets verts.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
Monsieur Flocon s’avance alors
aux cotés d’un tigre d’Asie.
Le fauve s’appelle Furie
et traverse des cerceaux d’or.
 
Il bondit par-dessus le feu,
son corps immense se détend
et soulève en atterrissant
un nuage de copeaux bleus.
 
Quand il rugit, le chapiteau
semble trembler de bas en haut.
Monsieur Flocon claque du doigt,
le tigre aussitôt se tient coi.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Monsieur Flocon tient dans sa main
une minuscule hirondelle,
puis il dépose sur son aile
la poudre de perlimpinpin.
 
Un petit peu, pas davantage,
juste une pincée, un nuage.
Monsieur Flocon souffle tout bas
les mots magiques adéquats.
 
Ils sont à peine chuchotés,
on n’en comprend que la moitié.
On ne perçoit qu’un friselis,
deux ou trois sons, un gazouillis.
 
L’oisillon, par enchantement,
disparaît dans un éclair blanc.
A l’endroit où il se tenait,
on voit fleurir un gros bouquet.
 
Monsieur Flocon ferme la main
et le bouquet s’évanouit,
tout doucement il rétrécit,
bientôt il n’en reste plus rien.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Monsieur Flocon crache du feu,
fait valser quatre chevaux noirs,
jongle avec trois douzaines d’oeufs
et passe au travers d’un miroir.
 
Monsieur Flocon dresse des pies,
s’allonge sous un éléphant,
hypnotise des otaries
et plonge dans un verre à dents.
 
Monsieur Flocon danse au plafond,
fait miauler un lionceau,
change une brosse en violon
et se peigne avec un poireau.
 
Monsieur Flocon s’accroche au mât,
s’époumone dans un tuba,
et transforme en fleur d’aloès
un immense cacatoès.
 
Monsieur Flocon charme un reptile,
s’étend entre deux crocodiles,
accomplit le saut de la mort
et rebondit comme un ressort.
 
Monsieur Flocon tord de l’acier,
s’avance à pieds nus dans la braise,
s’accroche d’un doigt au trapèze
et disparaît dans ses souliers.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Mais à l’approche du matin,
Le grand chapiteau disparaît.
Content du rêve qu’il a fait,
Monsieur Flocon s’éveille enfin.
 
Eteints, les rires et les cris !
Evaporés, les confettis !
Au robinet du lavabo,
Monsieur Flocon boit un peu d'eau.

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