17/02/2014

Monsieur Flocon (2) (Burvenich-Colaux)

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

deuxième partie

4. La neige et la pluie selon Monsieur Flocon

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La Pluie
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
s’étonne en regardant la pluie.
Voyons, voyons,
toute cette eau, peut-être,
sert à laver les parapluies.
 
Et si c’était, tout cette eau,
les larmes des petits oiseaux ?
 
Peut-être bien qu’au paradis
se trouve un robinet qui fuit ?
 
Et si, à force de briller,
le soleil devait transpirer ?
 
Ou bien, chatouillé par les nues,
est-ce un astre qui éternue ?
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
s’étonne en regardant la pluie.
Voyons, voyons,
toute cette eau, peut-être,
sert à laver les parapluies.
 
La Neige
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
regarde la neige tomber.
Voyons, voyons,
tout ce coton, peut-être,
sert à vêtir les prés gelés.
 
Et si c’était, tout ce coton,
des petits morceaux d’édredons ?
 
Peut-être qu’on a déchiré,
au paradis, un oreiller ?
 
Et si c’étaient les alouettes
qui effeuillent des pâquerettes ?
 
Et si, pour le soir de Noël,
on plumait une dinde au ciel ?
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
regarde la neige tomber.
Voyons, voyons,
tout ce coton, peut-être,
sert à vêtir les prés gelés.

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Les yeux de Monsieur Flocon

Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose ;
Mais je ne sais pour quelle cause
Je ne distingue pas très bien.

Jean-Pierre Claris de FLORIAN

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces deux yeux ?
Ils me permettent d’observer,
les gens, les oiseaux, le ciel bleu.
 
Ils forment deux petits miroirs
où l’on peut lire mes pensées.
Je les ferme quand il fait noir
et je les croise pour loucher.
 
Quand je vais entrer en colère,
ils émettent de fins éclairs,
quand je suis heureux, ils sont clairs,
ils sont inondés de lumière.
 
Je m’en sers pour hypnotiser
les boas, les ours en peluche.
Si j’attrape la coqueluche,
ils sont tout rouges et cernés.
 
Ils se promènent dans les livres,
sur les écrans de cinéma.
Parfois un regard de Lola
les étonnent ou les enivrent.

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5. Les vocations successives de Monsieur Flocon

L’avenir est un lieu commode pour y mettre des songes.
Anatole FRANCE
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je pourrai marcher sur les mains,
j’inventerai l’arbre à bonbons,
je serai un grand chef indien.
 
Dans l’espace, j’irai cueillir
des fruits aux branches des étoiles.
J’apprendrai des tours de fakir.
Je naviguerai à la voile.
 
Je planterai des sucriers
dans mes parterres de fraisiers,
il suffira de se pencher
pour y prendre son déjeuner.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je composerai des chansons.
 
 
J’irai semer des arrosoirs
entre les dunes du désert.
En souvenir de l’oncle Edouard,
je mangerai du camembert.
 
J’aurai d’immenses chevaux bleus,
des arbres remplis d’oiseaux blancs.
Je peux déjà, dès à présent,
les voir rien qu’en fermant les yeux.
 
J’aurai tout au fond du jardin,
pris dans le vent, quatre moulins.
J’assemblerai avec des noeuds
les jours tristes, les jours heureux.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je construirai des avions.
 
J’irai peindre un nez à la lune.
Je trouverai des filons d’or
et lorsque j’aurai fait fortune,
je perdrai le goût des trésors.
 
J’aurai des châteaux sur la mer,
leurs ponts-levis toujours baissés,
et le soleil, même en hiver,
viendra s’asseoir dans mes rosiers.
 
Je lirai plus de cent romans
et j’en écrirai tout autant,
je trouverai même le temps
de paresser paisiblement.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
j’aurai la voix d’un baryton.
 
Patiemment je mettrai au point
des objets inimaginables :
un piano à queue gonflable
qui tiendra dans un sac à main,
 
un moteur qui fonctionne à l’eau,
un clou qui entre sans marteau
et un thermomètre magique
qui change la fièvre en musique.
 
J’irai m’asseoir dans la Grande Ourse
pour savoir à quoi, vu d’en haut,
ressemble ce petit noyau
où avait commencé ma course.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
j’accomplirai de grandes choses.
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
car pour l’instant, je me repose.

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Les deux pieds de Monsieur Flocon

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces deux pieds !
Ce sont deux étranges machines
qui habitent dans mes bottines.
 
Ce sont mes outils de transport,
mes petites autos de sport.
On trouve ces deux véhicules
garés en bas de mes rotules.
 
Ils ont l’oreille musicale,
ils savent battre la mesure,
ils vont travailler en chaussures,
et se reposent en sandales.
 
Dès qu’ils sont un peu fatigués,
je dois cesser de voyager.
Aussitôt qu’ils sont rétablis,
ils vont botter les penaltys.
 
Afin qu’ils ne prennent pas froid,
je leur achète des chaussettes.
L’été, pour qu’ils ne chauffent pas,
je les promène en sandalettes.

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