26/07/2013

Avec les femmes - n°12

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Avec les femmes
 
Oh non pensez
pour n’en blesser aucune
j’écartais mon bateau mon avion
du chemin des sirènes
 
Pour n’en effaroucher aucune
j’éternuais à peine
je ne respirais pas
 
Au passage clouté
à l’arrêt      vigilant
tandis qu’elles foulaient
les clous de la chaussée
je me laissais halluciner
aux danses de leurs silhouettes
 
Dans la prison
où je les visitais
amoureux je leur apportais
des oranges des limes
et des fleurs d’orchidées
 
J’assistais à leurs noces
en songeant à des meurtres
à des strangulations
et je portais un nom de dieu de toast
à la chanson désespérée
de mes amours déçues
 
A leurs obsèques j’étais là
un mouchoir dans la dextre
dans la senestre six absinthes
et ma pauvre âme
dans un bassin de sang versé
mourait noyée
à chaque fois
 
Oh non pensez
hormis les fraises
et
quelques cœurs bienveillants
je n’ai jamais rien écrasé

Becs et ongles - n°11

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Becs & ongles
 
Nous mangerons
le grain de la lumière
et nous serons désaltérés
de deux ou trois pépins de pluie
une conque fera
pour nous tout le chant de la mer
la forêt se tiendra
embusquée dans un brin
nous n’aurons de malheur
que par  inadvertance
Nous ferons à la chance
voir nos grandes dents de perdreaux

Voilà - n°10

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Voilà
 
Voilà le cheval de trait du désir
grand salop d’animal et qui sabote le verger
et qui dévaste le jardin
où j’écoutais mûrir l’été monter l’automne
 
et voilà l’hippocampe du désir
bleu cavalier du jeu d’échec
qui danse
à l’évier de ma vie
 
voilà la jument du désir
et le cuir luisant de sa hanche
qui conduit au faîte de la forêt
son galop de fantôme hanté
 
et voilà la licorne du désir
ange ou danger de la légende
qui épingle la proue
de son éperon dans le ciel
 
revoilà le cheval de frise
du désir
aux épines de quoi
mon âme mes mains restent prises

Pergolèse - n°9

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Pergolèse
 
Je pensais à ta bouche
je pensais à ton ventre
en écoutant de Pergolèse
le lent Stabat Mater
 
et je pensais
aux douleurs de l’enfantement
à la herse qui vient
se saisir de la vie
en blessant les entrailles
 
je voyais un cercueil
au large de l’alcôve
il a fallu
de peine
que je ferme les yeux
 
o ce n’est rien d’être léger
de rêver au
nénuphar humide des femmes
non ce n’est rien
sur tout
sur toute chose humaine
à l’écart de toute nuance
un voile de sang
toujours descend

Maman les oiseaux - n°8

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Maman les oiseaux
 
Enfant Maman voulait
que l’on écrivît à la plume
moi les mots je pensais
qu’ils existaient déjà
dans le vase de l’encrier
qu’ils y nageaient
comme des têtards bleus
qu’ils y flottaient
comme des ciels de nénuphars
 
je pensais plus tard il me semble
que cette encre c’était
la sueur des mots attachés
à la machine de la phrase
 
aujourd’hui l’encre
est dans ma veine
comme un oiseau infuse
au grand ciel de quinze heures
et renaît dans la nuit
des gouttes de son sang

Larmes roses d'une certaine étoile - n°7

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Larmes roses d’une certaine étoile
 
Il faut aimer le rose
parce que l’usine des jours
n’en produit pas
ni la machine les engins
 
Dans la tête des hommes
c’est un bâtard du sang
c’en est une tisane
les hommes ont un clou
en lieu et place de cervelle
ce sont dénaturés
des fauves qui voient rouge
comme les toreros
 
O le rose est subtil
comme l’once de langue
que l’amant passe entre ses lèvres
aussitôt qu’il a soufflé le cristal d’un vers

Le Cygne ou le Cynique - n°6

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Le Cygne ou le Cynique
 
Peut-on voler
dans les huiles du vrai
dans la matière du réel
ou dans l’ombre de l’aile
que le cygne étend sur Léda
doit-on
fléchir avec le vent
puisque le lointain s’éloigne toujours
faut-il qu’on rêve
et que le songe que l’on porte
déboussole le ciel
faut-il qu’on mêle
à l’aile de la volupté
les plumes de la volonté
faut-il qu’on jette
à travers ciel
l’archet et le violoncelle
est-il possible qu’on ne soit
parmi les oies
qu’un criaillement qui se noie
Peut-on voler
au vent laver et aux embruns
sa voile mille fois
peut-il parfois
emboîter le pas à la caravane
le cynique qui jappe 

Si peu de choses - n°5

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Si peu de choses
 
Comme tu es jolie
comme le monde n’a jamais
ni souci ni merci de nous
 
Tes grands yeux en nuit d’août
il pleut
au fond des hôpitaux
 
Le linge étendu de ta peau
le soleil est debout
au bord du cimetière
 
Une goutte de jasmin à ton cou
dans tous les trous du ciel
il entre des morts vides
 
La belle aube de tes épaules
un bruit de chaînes
court sur l’échine
de la bête sourde du monde

Epithètes de l'aile - n°4

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Epithètes de l’aile

Elles avaient des noms
comme descendus par les airs
d’un Olympe tout frais
d’un poème de Fort
du lexique d’un amoureux
ou d’un bocal de friandises
Jojo Coquelicot ou Francine-la-Fraise
Sonja-la-favorite
Bel-Œil-à-la-Glycine
4ine Ibis
Afrodite d’Ethiopie
Sirène Pompadour
Poison la Brinvilliers
Coco Baronne ou Vivi l’Elfe
C’était pour les fleurir
les taquiner à peine
les tourterelles
qu’après leurs ailes
on accrochait
ces sonores bouts de ruban
synonymes un peu
des hymnes de nos âmes
Le ciel en ce temps-là
puisque nous n’avions pas de poids
sentait l’agrume et le lilas
c’était elles surtout qu’il exhalait
Aujourd’hui  elles sont
avec leur nom vernaculaire
perchées sur la ligne du temps
comme un essaim d’oiseaux
en attente de migration
ou d’un coup de fusil…
… Seigneur !
Et moi quelquefois je ramasse
dans l’écho des
petits bouts de cristal heurté
par l’hélice des avions
de la réalité

A l'image la légende n°3

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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A l’image la légende
 
Mon Elfe ma Mésange
tu te signales au monde
par ce tintement de grelots
que font sur le pré du poème
à l’aube par beau temps
les perles de rosée
 
Ma Hulotte ma Coccinelle
à  ton battement d’ailes
quelques perles de ciel
et la saveur de la cerise
tendrement restent prises
 
Et j’entends zonzonner
au cœur de ta flûtée
sonatine de sucre
l’abeille du désir
 
Toute l’âme du miel
s’impatiente déjà
dans la poussière du pollen

Un Oiseau dans la page - n°2

Peintures : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Un oiseau dans la page
 
Et puis
tandis que je lisais
 l’oiseau
qui portait un message
lentement descendit
et prit possession de la page
ainsi qu’en un palais mouillé
contre une langue hospitalière
s’étend et se savonne
une langue amoureuse
La colombe avait su
que le livre aime l’aile
et
qu’à la seule idée d’une plume
ses encres doucement salivent

Couverture - n°1

Détails de soleil et de vitrail

Peinture : Marie Morel - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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