17/02/2014

Monsieur Flocon (4) - Burvenich-Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

quatrième partie

a flocon fauteuil.JPG

7. La malle mystérieuse de Monsieur Flocon

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?
Alphonse de LAMARTINE
C’est dans un recoin du grenier,
entre un sommier et un chaudron,
dans une malle de fakir
que notre bon Monsieur Flocon
entreposent ses souvenirs.
Il consent à nous les montrer.
 
Il nous invite à nous asseoir.
Voulez-vous voir mes objets rares ?
demande-t-il d’une voix noire.
On répond : Oui, on veut savoir !
 
Voilà, voilà, dit-il
et d’un geste subtil,
sous nos yeux épatés,
il fait défiler les
très étonnants objets.
Le jeu a commencé.
 
Observez, mes amis,
le fabuleux fourbis :
que voici ? que voilà ?
que tiens-je entre les doigts ?
 
Un lampe brisée,
ma première chaussette,
une rose séchée,
un vieux fer à galettes !
 
Deux boules de Noël,
une montre à gousset,
un vieux pot de cannelle,
la moitié d’un balai.
 
Un sachet de ce thé
que buvait mon grand-père,
sa petite cuillère
et son vieux sucrier.
 
Le beau chapeau à fleurs
que portait grand-maman,
j’y sens toujours l’odeur
de ses longs cheveux blancs.
 
Un portrait de papa
que j’ai peint à la gouache,
par malheur, ça se voit,
j’ai loupé la moustache.
 
Une clé à molette,
mon tout premier cartable,
un patin à roulettes,
l’autre reste introuvable.
 
Patiner sur un pied,
bien sûr, c’est rassurant,
mais je dois l’avouer,
ce n’est pas amusant.
 
Dans ce papier de soie
maman a emballé
des cahiers d’écolier
et une équerre en bois.
 
Ce n’est pas tout, voici,
un oeuf de colibri
et dans son bel écrin
un insecte africain.
 
Un galet étonnant,
parfaitement ovale,
le manche d’une poêle
un masque de Tarzan.
 
Voilà, voilà, dit-il
et d’un geste subtil,
sous nos regards ravis,
il fait défiler les
très étonnants objets.
Et le jeu se poursuit.
 
Un message codé
qui doit rester secret,
un secret, c’est sacré,
c’est pourquoi je me tais.
 
Une loupe pour voir
l’oeil inquiétant des mouches,
le pommeau de la douche,
un morceau de miroir.
 
Une lettre d’amour
que je n’ai pas postée
Non, je n’ai pas osé
Peut-être bien qu’un jour ...
 
Ce fameux entonnoir
en l’orientant bien
m’a permis certains soirs
d’entendre les Martiens
 
Dans ce carnet de toile,
j’ai écrit quelques vers
qui parlent des étoiles
et des yeux de mon père.
 
Un flacon de santal,
c’est un parfum spécial :
il sent exactement
la nuque de maman.
 
Et ce n’est pas fini !
Un soulier de football.
Sachez que grâce à lui,
j’ai inscrit quatre goals !
 
Un panier en osier,
un casque de pompier
qui m’a été offert
par mon parrain Albert.
 
Un fabuleux pinceau
qui a peint des chefs-d’œuvre,
un revolver à eau
pour chasser la pieuvre.
 
Un trésor authentique :
quatre bijoux de verre,
un joyau en plastique,
la bourse d’un corsaire !
 
Voilà, voilà, dit-il
ma collection d’étoiles,
et d’un geste subtil,
sous nos yeux désolés,
il referme la malle.
Le jeu est terminé.

a floc 19.JPG

8. Les petites pensées de Monsieur Flocon

Dans un petit carnet à spirales, jour après jour, Monsieur Flocon, très patiemment, note ses pensées. Certains jours, elles lui paraissent bleues ou roses, d’autres fois, il les trouve jaunes ou grises.
 
*
Je n’aime pas vraiment la pluie. Je suis passionné par les fleurs. La pluie, c’est l’aliment des fleurs. Quand je m’en souviens, j’aime un petit peu la pluie.
 
*
Les arbres sont des peignes à nuages.
 
*
Mes oreilles me font penser à des souvenirs de papillons.
 
*
Ma mère est si douce que ses gestes ressemblent à du tissu.
 
*
Les mains de papa peuvent tout faire, tenir un marteau ou cueillir une violette. Elles ne sont jamais ridicules.
 
 *
Je me demande parfois comment l’eau fait pour se laver ?
 
*
Dans un poème, les mots sont plus lents, on dirait qu’ils pensent plus fort.
 
*
Dans les contes, on ne dit jamais si les loups ont peur quand ils entendent hurler les hommes.
 
*
Parfois, on dirait qu’il y a des bougies dans les yeux de ma mère.
 
*
Quand j’écris, j’ai l’impression d’asseoir les paroles.
 
*
A quoi peut bien penser un mouton qui regarde des aiguilles à tricoter ?
 
*
Les fleurs ont-elles peur des vases ?
 
*
La terre tourne sans cesse et je n’ai pourtant jamais la nausée.
 
*
Parfois, le hublot de la machine à laver me donne envie de devenir marin.
 
 *
Sur un vélo, la roue arrière arrive toujours un peu en retard.
 
  * 
Dans l’avenir, il paraît que les gens ne sauront plus tailler les crayons.
 
*
D’une certaine façon, l’oiseau a de la chance car il vole. Oui, mais il mange aussi des vers de terre et des insectes.
 
*
Je parie que lorsque deux chardons se croisent, ils évitent de se serrer la main.
 
*
Durant l’averse, le lac pense : « Tiens, on a de la visite ! »
 
*
Les jours passent et l’avenir recule toujours. On dirait qu’il ne roule qu’en marche arrière.

a floc 11.JPG

Un poème de Monsieur Flocon

Je vois dans les yeux de mon père
briller,
danser,
tout l’or de l’étoile polaire.
 
Je ne sais pas l’enfant qu’il fut,
prudent ?
ardent ?
Fut-il heureux, fut-il déçu ?
 
A-t-il gardé du temps passé,
parti,
enfui,
un souvenir émerveillé ?
 
Conserve-t-il au fond de lui,
un rien,
un brin,
de ce qu’il fut étant petit ?
 
En rêve, revoit-il parfois
son père,
sa mère,
ses meilleurs amis d’autrefois ?
 
J’entends dans la voix de mon père
rouler,
valser
le courant bleu de la rivière.

a floc oreille.JPG

Monsieur Flocon joue avec les sons

Saucisse & Citron
 
Un chic cycliste chauve et suisse
avait un chat nommé Saucisse.
Ce chat siamois s’attacha
à Citron, un chow-chow chinois.
 
Le chat trouvait le chien trés chou.
Le chow-chow encensait le chat.
Saucisse et citron se chôyaient
et sans cesse se chouchoutaient.
 
En croisant le chien et le chat
qui cheminaient vers leur chez-soi,
les passants chuchotaient : « Voilà
Don Quichotte et Sancho Pança ! »
 
Un chic cycliste chauve et suisse
avait un chat nommé Saucisse.
 
Le chant du sans-souci
 
C’est un petit chant de six sous
qui chasse les soucis.
Le chanter une fois suffit :
les soucis sont dissous !
 
La souris passe par le chas
de l’aiguille,
Le chat angora ne peut pas
mais sourit.
 
C’est un petit chant de six sous
qui chasse les soucis.
Le chanter une fois suffit :
les soucis sont dissous !
 
La triste autruche
 
Chaque soir, sur son haut perchoir,
en Autriche une triste autruche
sort un mouchoir de sa sacoche.
 
- Est-ce que quelque chose cloche ?
cherche à savoir une perruche
qui s’émeut de ce désespoir.
 
- Je suis seule et loin de chez moi,
chuchote l’autruche à voix basse.
 
- Mon bel oiseau, épanche-toi
c’est ainsi que le chagrin passe !

a floc doigts.JPG

9. La fête chez Monsieur Flocon

Monsieur Flocon a invité
tous ses amis pour le goûter.
On mangera du pain aux noix,
de la charlotte au chocolat.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
ses invités sont arrivés.
 
Ils sont venus tout souriants,
ils ont apporté des cadeaux.
Monsieur Flocon en déballant
découvre une pompe à vélo,
 
un canif, un panier de fruits,
une longue-vue, un réveil,
un étonnant bonnet de nuit
et des lunettes de soleil.
 
Monsieur Flocon est enchanté :
Mes amis, vous m’avez gâté !
 
Lucien rit de toutes ses dents.
Lucien a des jambes immenses.
Il dit qu’un jour, assurément,
il gagnera le Tour de France.
 
Il se voit déjà sur le trône,
revêtu d’un beau maillot jaune.
 
Benoît fait oui avec la tête,
Benoît aussi, c’est un athlète.
Il a bâti dans son jardin
un cabanon sous les sapins.
 
C’est un genre de Robinson
doublé d’un fameux bûcheron.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
il rit avec ses invités.
 
Marylou boit du jus d’orange.
Marylou a des mains d’artiste.
Plus tard elle sera fleuriste
ou bien dompteuse de mésanges.
 
Ses délicats doigts féminins
sont faits pour choyer le jasmin.
 
Lola avale un bol de lait.
Lola a de grands yeux distraits.
Elle est dans la lune souvent
et quelquefois en redescend.
 
Son joli regard indécis
semble épargné par les soucis.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
tout à l’air de bien se passer.
 
Polo mange du chocolat.
Polo n’est jamais rassasié.
Et c’est sans doute pour cela
qu’il veut devenir cuisinier.
 
En hommage à son estomac,
on l’appelle Gargantua.
 
Gigi déguste un doigt de thé.
Gigi raffole des goûters.
Elle adore pianoter
mais déteste la variété.
 
Elle écoute, en prenant son bain,
les barcarolles de Chopin.
 
Monsieur Flocon est enchanté,
il ne voit pas l’heure avancer.
 
Emma s’exprime avec les mains.
Emma est grande et se tient bien.
Aéronaute ou couturière,
elle hésite entre deux carrières.
 
Un jour, elle ira dans Paris
au volant d’une Ferrari.
 
On parle ensemble et le temps passe.
- Polo, tu reprends une tasse ?
- Gigi, dis-moi, un doigt de thé ?
- Merci, il est temps de rentrer !
 
- Que ce thé était excellent !
- C’est, je crois, du thé de Ceylan !
 
Monsieur Flocon est désolé,
les invités vont s’en aller.
 
Déjà sur le seuil on s’adresse
un dernier geste de salut.
Les amis descendent la rue,
très lentement, ils disparaissent.
 
Monsieur Flocon est attristé
Les invités s’en sont allés.
 
On sait que tout a une fin
mais ce n’est pas la fin de tout
C’est convenu, le mois prochain,
on déjeune chez Marylou. 

a floc 11.JPG

10. On repart à zéro

Ah ! tout est bien qui n’a pas de fin.
Jules Laforgue
Monsieur Flocon est fatigué,
ses yeux se ferment malgré lui,
Monsieur Flocon est plus léger
qu’une poche de confettis.
 
Et dans l’eau tiède de son bain,
il chevauche quelques dauphins.
De somptueux feux d’artifice
jaillissent de son dentifrice.
 
Son édredon, pris dans le vent,
se transforme en tapis volant.
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
c’est le roi du manche à balai.
 
Aux commandes de son airbus,
il traverse les cumulus.

a flocon baignoire.JPG

Monsieur Flocon (3) - Burvenich-Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

troisième partie

6. Monsieur Flocon se pose des questions

    Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ; c’est celui qui pose les vraies questions.
Claude LEVI-STRAUSS

a floc 16.JPG

Monsieur Flocon se pose des questions
Pourquoi, pourquoi, au fond de moi
cette avalanche de pourquoi ?
Monsieur Flocon se pose la question ?
Sa pauvre tête fait penser
à un aquarium, un vivier
où nagent comme des poissons
mille points d’interrogation.
 
Sa pauvre tête fait penser
à un prunier, un cerisier
où chantent, comme des pinsons,
mille points d’interrogation.
 
Y a-t-il un sifflet
dans le cou des oiseaux ?
 
Que font les robinets
quand il n’y a pas d’eau ?
 
Qui a versé du sel
au fond des océans ?
 
Où s’accroche le ciel
quand se lève le vent ?
 
Pourquoi dort-on la nuit ?
Où s’en va la lumière ?
 
Qui a creusé les puits,
les trous dans le gruyère ?
 
Est-ce que les lucioles
ont mangé des falots ?
Est-ce qu’au fond de l’eau
le poisson-chat miaule ?
 
Et le requin-marteau
est-il tout à fait fou ?
Ou, avec son museau,
enfonce-t-il des clous ? 
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Le cou des okapis,
pourquoi est-il si long ?
Et pourquoi si petit,
celui des pucerons ?
 
Pourquoi est-ce en hiver
que les arbres sont nus ?
Pourquoi ces manteaux verts
quand l’été est venu ?
 
Pourquoi certaines filles
ont-elles au matin,
en franchissant la grille,
ce rire de dauphin ?
 
Quelle est la bouche immense
où le vent prend sa source ?
Est-ce un homme de science
qui conduit la Grande Ourse ?
 
Pourquoi suis-je repu,
pourquoi suis-je vêtu
quand d’autres sont privés,
souffreteux, dénudés ?
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
D’où viennent, quand je dors,
par quel chemin secret,
comme une poudre d’or,
les rêves que je fais ?
 
Quand le sommeil s’en va,
qu’advient-il des palais,
des corsaires, des rois,
des loups que je voyais ?
 
Et pourquoi la musique
me fait-elle danser
tout comme la colchique,
colchique dans les prés ?
 
Pourquoi la poésie
me convient-elle mieux
que la table par deux
ou la géométrie ?
 
Monsieur Flocon n’est pas inquiet,
il compose un petit couplet :
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Monsieur Flocon se pose des questions
Pourquoi, pourquoi, au fond de moi
cette avalanche de pourquoi ?
 
Monsieur Flocon se pose la question ?
La ronde ne s’interrompt pas.
Pourquoi ceci ? Pourquoi cela ?
 
Et comme il n’en sait rien,
il compose un refrain.
De toutes ces questions,
il fait une chanson.

a floc 17.JPG

La chanson des questions de Monsieur Flocon

Tout finit par des chansons.
BEAUMARCHAIS
 
Comme des bulles de savon,
s’envolent toutes mes questions.
Peut-être rencontreront-elles
une réponse dans le ciel ?
 
Il arrive que mon papa
donne parfois sa langue au chat.
 
Le chant d’un oiseau, c’est joli,
j’ignore pourtant ce qu’il dit.
Je crois qu’on ne sait jamais tout,
on n’apprend que des petits bouts.
 
Quelquefois ma maman prétend
qu’ignorer, c’est être savant.
 
Comme un épais banc de poissons
s’avancent toutes mes questions.
Leurs  belles écailles d’argent
luisent au fond de l’océan.
 
On ne peut jamais tout savoir,
tout savoir, c’est la mer à boire !
Mon ventre n’est pas assez grand
pour avaler tout l’océan.

a floc 18.JPG

Les cheveux et les oreilles de Monsieur Flocon

Un secret a toujours la forme d’une oreille.
Jean COCTEAU
 
Puis-je vous demander, Monsieur,
à quoi vous servent ces cheveux ?
Ce sont de petits ornements
comparables aux fleurs des champs.
Ils font penser aux champignons
lorsqu’ils sont montés en chignons.
 
Puis-je vous demander, Monsieur,
à quoi vous servent ces oreilles ?
Apprenez que ces deux merveilles
sont des instruments très précieux.
Si je perdais ces pavillons,
je n’entendrais plus vos questions.

a floc 20.JPG

Monsieur Flocon (2) (Burvenich-Colaux)

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

deuxième partie

4. La neige et la pluie selon Monsieur Flocon

a floc 9.JPG

La Pluie
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
s’étonne en regardant la pluie.
Voyons, voyons,
toute cette eau, peut-être,
sert à laver les parapluies.
 
Et si c’était, tout cette eau,
les larmes des petits oiseaux ?
 
Peut-être bien qu’au paradis
se trouve un robinet qui fuit ?
 
Et si, à force de briller,
le soleil devait transpirer ?
 
Ou bien, chatouillé par les nues,
est-ce un astre qui éternue ?
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
s’étonne en regardant la pluie.
Voyons, voyons,
toute cette eau, peut-être,
sert à laver les parapluies.
 
La Neige
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
regarde la neige tomber.
Voyons, voyons,
tout ce coton, peut-être,
sert à vêtir les prés gelés.
 
Et si c’était, tout ce coton,
des petits morceaux d’édredons ?
 
Peut-être qu’on a déchiré,
au paradis, un oreiller ?
 
Et si c’étaient les alouettes
qui effeuillent des pâquerettes ?
 
Et si, pour le soir de Noël,
on plumait une dinde au ciel ?
 
Monsieur Flocon,
le nez à la fenêtre,
regarde la neige tomber.
Voyons, voyons,
tout ce coton, peut-être,
sert à vêtir les prés gelés.

a floc 8.JPG

Les yeux de Monsieur Flocon

Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose ;
Mais je ne sais pour quelle cause
Je ne distingue pas très bien.

Jean-Pierre Claris de FLORIAN

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces deux yeux ?
Ils me permettent d’observer,
les gens, les oiseaux, le ciel bleu.
 
Ils forment deux petits miroirs
où l’on peut lire mes pensées.
Je les ferme quand il fait noir
et je les croise pour loucher.
 
Quand je vais entrer en colère,
ils émettent de fins éclairs,
quand je suis heureux, ils sont clairs,
ils sont inondés de lumière.
 
Je m’en sers pour hypnotiser
les boas, les ours en peluche.
Si j’attrape la coqueluche,
ils sont tout rouges et cernés.
 
Ils se promènent dans les livres,
sur les écrans de cinéma.
Parfois un regard de Lola
les étonnent ou les enivrent.

a floc 12.JPG

5. Les vocations successives de Monsieur Flocon

L’avenir est un lieu commode pour y mettre des songes.
Anatole FRANCE
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je pourrai marcher sur les mains,
j’inventerai l’arbre à bonbons,
je serai un grand chef indien.
 
Dans l’espace, j’irai cueillir
des fruits aux branches des étoiles.
J’apprendrai des tours de fakir.
Je naviguerai à la voile.
 
Je planterai des sucriers
dans mes parterres de fraisiers,
il suffira de se pencher
pour y prendre son déjeuner.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je composerai des chansons.
 
 
J’irai semer des arrosoirs
entre les dunes du désert.
En souvenir de l’oncle Edouard,
je mangerai du camembert.
 
J’aurai d’immenses chevaux bleus,
des arbres remplis d’oiseaux blancs.
Je peux déjà, dès à présent,
les voir rien qu’en fermant les yeux.
 
J’aurai tout au fond du jardin,
pris dans le vent, quatre moulins.
J’assemblerai avec des noeuds
les jours tristes, les jours heureux.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
je construirai des avions.
 
J’irai peindre un nez à la lune.
Je trouverai des filons d’or
et lorsque j’aurai fait fortune,
je perdrai le goût des trésors.
 
J’aurai des châteaux sur la mer,
leurs ponts-levis toujours baissés,
et le soleil, même en hiver,
viendra s’asseoir dans mes rosiers.
 
Je lirai plus de cent romans
et j’en écrirai tout autant,
je trouverai même le temps
de paresser paisiblement.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
j’aurai la voix d’un baryton.
 
Patiemment je mettrai au point
des objets inimaginables :
un piano à queue gonflable
qui tiendra dans un sac à main,
 
un moteur qui fonctionne à l’eau,
un clou qui entre sans marteau
et un thermomètre magique
qui change la fièvre en musique.
 
J’irai m’asseoir dans la Grande Ourse
pour savoir à quoi, vu d’en haut,
ressemble ce petit noyau
où avait commencé ma course.
 
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
j’accomplirai de grandes choses.
Plus tard, se dit Monsieur Flocon,
car pour l’instant, je me repose.

a floc 15.JPG

Les deux pieds de Monsieur Flocon

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces deux pieds !
Ce sont deux étranges machines
qui habitent dans mes bottines.
 
Ce sont mes outils de transport,
mes petites autos de sport.
On trouve ces deux véhicules
garés en bas de mes rotules.
 
Ils ont l’oreille musicale,
ils savent battre la mesure,
ils vont travailler en chaussures,
et se reposent en sandales.
 
Dès qu’ils sont un peu fatigués,
je dois cesser de voyager.
Aussitôt qu’ils sont rétablis,
ils vont botter les penaltys.
 
Afin qu’ils ne prennent pas froid,
je leur achète des chaussettes.
L’été, pour qu’ils ne chauffent pas,
je les promène en sandalettes.

a floc 14.JPG

Monsieur Flocon (1) - Burvenich / Colaux

Denys-Louis Colaux – poèmes / Laurence Burvenich - Illustrations

MONSIEUR FLOCON

première partie

a flocon lune.JPG

1. Petit portrait de Monsieur Flocon

Les jeux des enfants ne sont pas des jeux, et les faut juger en eux comme leurs plus sérieuses actions.
MONTAIGNE
 
Monsieur Flocon n’est pas très grand,
il n’est pas tout petit non plus.
Il est moins grand qu’un toboggan
mais il est visible à l’oeil nu.
 
Il est plus haut qu’un haricot,
plus rapide qu’un escargot.
Il est plus lourd qu’un canari
mais il est moins jaune que lui.
 
A la course, il peut rattraper
un lapereau pas trop pressé.
A l’arrêt, il est comparable
à la fixité des érables.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Il est plus fort qu’un papillon.
Il est moins rond qu’une cerise.
Il sait mettre seul sa chemise
et même recoudre un bouton.
 
C’est un formidable chasseur,
il peut attraper à mains nues
un moucheron, une laitue,
le téléphone, un pot de fleurs.
 
Il égale en agilité
l’ourson dans un salon de thé.
Il peut rien qu’en bombant le torse
imiter le maintien du morse.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Il a une excellente oreille,
il sait, à leurs bruissements d’ailes,
reconnaître les coccinelles,
les libellules, les abeilles.
 
C’est un athlète formidable,
il peut soulever sans effort
une cuiller, un transistor,
un problème, un coin de la table.
 
Il peut réciter de mémoire
Le Hareng Saur de Charles Cros,
pêcher au fond de sa baignoire
une baleine, un cachalot.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
Souvent, quand le loup n’y est pas,
il se balade dans les bois.
Il connaît par leurs petits noms
les arbres et les champignons.
 
Il mâchonne de l’herbe aux chats.
Il aime les coquelicots
et le muguet pour ses grelots
qu’il fait tinter entre ses doigts.
 
Il aime la joute oratoire,
il imite à la perfection
l’accent anglais ou la bouilloire
parvenue à ébullition.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.
 
*
 
C’est un musicien magnifique
qui fabrique ses instruments.
On lui doit la fourchette à vent
et la casserole acoustique.
 
Il aime l’eau et le savon,
il pratique la natation
avec l’aisance exceptionnelle
d’un poêlon dans l’eau de vaisselle.
 
Monsieur Flocon n’est pas très grand,
il n’est pas tout petit non plus.
Il est moins grand qu’un toboggan
mais il est visible à l’oeil nu.
 
On ne sait jamais tout à fait
qui sont les gens ni ce qu’ils font.
Chacun a ses petits secrets,
c’est le cas de Monsieur Flocon.

a Floc 1.JPG

Le nez de Monsieur Flocon

Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.

PASCAL

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous sert ce joli nez ?
Ce nez me sert à deviner
ce qu’on mangera au dîner !
 
Grâce à lui, je peux renifler
l’odeur des fleurs, des blés coupés.
Je m’empresse de le pincer
quand l’air ambiant est pollué.
 
Quand il est un peu chatouillé,
il peut aussi éternuer.
S’il est gentil, bien disposé,
il se laisse parfois moucher.

a floc 2.JPG

2. La semaine de Monsieur Flocon

Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger.

Jean GIONO

          

a flocon patinette.JPG

Lundi

Chaque lundi, Monsieur Flocon,
ayant endossé son veston,
déjeune de quatre mouillettes
qu’il trempe dans la vinaigrette.
 
Sur son vélo à quatre roues,
au début de l’après-midi,
il va saluer ses amis
en Argentine ou au Pérou.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

     

Mardi

Chaque mardi, Monsieur Flocon,
vêtu d’un peignoir en pilou,
mange une tranche de bacon
et du pâté de kangourou.
 
Dans son avion à pédales,
dès que le ciel est dégagé,
il s’envole pour le Népal
où habite sa fiancée.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Mercredi

Le mercredi, Monsieur Flocon,
dans son pyjama à damier,
avale un civet de gibier
arrosé d’un jus de melon.
 
Sur son fier cheval à bascule,
dès que le soleil est levé,
il va cueillir des renoncules
dans les lacets des Pyrénées.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Jeudi

Chaque jeudi, Monsieur Flocon,
dans ses pantoufles à carreaux,
déguste du flan aux pruneaux
nappé d’un zeste de citron.
 
Et dans sa fusée en carton,
quand les étoiles sont visibles,
ayant pris la lune pour cible,
il part ausculter l’horizon.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

       

Vendredi

Le vendredi, Monsieur Flocon,
vêtu d’un simple caleçon,
se contente de deux harengs
et d’un espadon au vin blanc.
 
Et dans sa baignoire à vapeur
dont il fait ronfler les moteurs,
par beau soleil ou par grand vent,
il traverse les océans.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.
 

Samedi

Le samedi, Monsieur Flocon,
coiffé de son chapeau melon,
savoure un saucisson salé
servi sur des beignets soufflés.
 
Assis dans sa locomotive
qui crache des ronds de fumée,
il descend, en passant par Brive,
jusqu’à la Méditerranée.
 
Monsieur Flocon, c’est évident,
n’est pas homme à perdre son temps.

 

Dimanche

Le dernier jour, Monsieur Flocon,
dans ses beaux habits du dimanche,
se gave d’un filet de tanche
et d’une soupe de poivrons.
 
Et quand il a bien digéré,
patinant sur sa trottinette,
il ne cesse plus de tourner
tout autour de sa maisonnette.
 
C’est évident, Monsieur Flocon
a beaucoup d’imagination.

a flocon fauteuil.JPG

Les dix doigts de Monsieur Flocon

Les mains sont l’homme, ainsi que les ailes l’oiseau.

Germain NOUVEAU

Monsieur, puis-je vous demander
à quoi vous servent ces dix doigts ?
Je m’en sers pour manipuler,
grâce à eux, je peux être adroit.
 
Ils rédigent, sur l’écritoire,
les chapitres de mes mémoires.
J’en use comme d’un boulier,
une machine à calculer.
 
J’en ai besoin, de temps en temps,
pour pratiquer un instrument.
Essayez de faire une note
en vous passant de vos menottes !
 
Mes doigts rendent visite aussi
à mon nez mais c’est impoli !
Ils caressent les primevères,
cueillent les tiges de bruyère.
 
Ils savent, le cas échéant,
pincer ou boxer les méchants.
Apprenez enfin que mes doigts
signalent la fin de mon bras.

a floc 13.JPG

 La nuit selon Monsieur Flocon

Le jour, c’est la vie des êtres, mais la nuit, c’est la vie des choses.

Alphonse DAUDET

Le soir, dès qu’il fait noir,
il advient des choses bizarres.
 
J’entends danser les loirs,
les chats jouer de la guitare.
 
J’entends, dans les gouttières,
siffler des flûtes traversières.
 
J’entends, dans les buissons,
pianoter les hérissons.
 
J’entends le chant des feuilles,
le bêlement du chèvrefeuille.
 
Le soir, quand je m’endors,
tout ne s’éteint pas au dehors.
 
Les arbres, lentement,
lavent leurs cheveux dans le vent.
 
Comme des vêtements,
les ombres tremblent doucement.
 
Ayant quitté son mât,
la lune s’assoit sur le toit.
 
Les fleurs prennent le thé
avec un zeste de rosée.
 
Les lucioles posées
sèment des graines de clarté.
 
Dans le persil, un faon
allonge sa tête d’enfant.
 
Le soir, quand je m’endors,
tout ne s’éteint pas au dehors.

a floc 3.JPG

 3. Un rêve de Monsieur Flocon

 

Un rêve sans étoiles est un rêve oublié.

Paul ELUARD 

Monsieur Flocon est un artiste
La nuit quand il dort, un rideau
se lève et d’immenses faisceaux
de lumière éclairent la piste.
 
Partout s’agitent des drapeaux.
Un clown souffle dans un trombone,
un autre sort de son chapeau
une colombe, un saxophone.
 
Une danseuse en habit d’or
s’avance sur un fil de fer.
Des chiens savants du Labrador
reboutonnent leurs gilets verts.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
Monsieur Flocon s’avance alors
aux cotés d’un tigre d’Asie.
Le fauve s’appelle Furie
et traverse des cerceaux d’or.
 
Il bondit par-dessus le feu,
son corps immense se détend
et soulève en atterrissant
un nuage de copeaux bleus.
 
Quand il rugit, le chapiteau
semble trembler de bas en haut.
Monsieur Flocon claque du doigt,
le tigre aussitôt se tient coi.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Monsieur Flocon tient dans sa main
une minuscule hirondelle,
puis il dépose sur son aile
la poudre de perlimpinpin.
 
Un petit peu, pas davantage,
juste une pincée, un nuage.
Monsieur Flocon souffle tout bas
les mots magiques adéquats.
 
Ils sont à peine chuchotés,
on n’en comprend que la moitié.
On ne perçoit qu’un friselis,
deux ou trois sons, un gazouillis.
 
L’oisillon, par enchantement,
disparaît dans un éclair blanc.
A l’endroit où il se tenait,
on voit fleurir un gros bouquet.
 
Monsieur Flocon ferme la main
et le bouquet s’évanouit,
tout doucement il rétrécit,
bientôt il n’en reste plus rien.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis,
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Monsieur Flocon crache du feu,
fait valser quatre chevaux noirs,
jongle avec trois douzaines d’oeufs
et passe au travers d’un miroir.
 
Monsieur Flocon dresse des pies,
s’allonge sous un éléphant,
hypnotise des otaries
et plonge dans un verre à dents.
 
Monsieur Flocon danse au plafond,
fait miauler un lionceau,
change une brosse en violon
et se peigne avec un poireau.
 
Monsieur Flocon s’accroche au mât,
s’époumone dans un tuba,
et transforme en fleur d’aloès
un immense cacatoès.
 
Monsieur Flocon charme un reptile,
s’étend entre deux crocodiles,
accomplit le saut de la mort
et rebondit comme un ressort.
 
Monsieur Flocon tord de l’acier,
s’avance à pieds nus dans la braise,
s’accroche d’un doigt au trapèze
et disparaît dans ses souliers.
 
Dans les gradins, on applaudit
et des essaims de confettis
pris dans les cris des spectateurs,
tournent sous les grands projecteurs.
 
 
Mais à l’approche du matin,
Le grand chapiteau disparaît.
Content du rêve qu’il a fait,
Monsieur Flocon s’éveille enfin.
 
Eteints, les rires et les cris !
Evaporés, les confettis !
Au robinet du lavabo,
Monsieur Flocon boit un peu d'eau.

a floc 6.JPG