08/03/2014

Sur le flux

 S u r    L e    F l u x

avec l'indispensable concours de la beauté d'Hana Sandra
https://www.facebook.com/hana.sandra.5?fref=ts

Photographies : Philippe Bousseau - Flux : Denys-Louis Colaux

a hana 2.JPG     a hana a.JPG

SUR LE FLUX

Voilà, je voulais juste cela, te regarder et me laisser porter par le flux. Rêver que je fume une cigarette, que j'envoie des halos vers le ciel. Me laisser mener par le flux. Le flux qui me vient au spectacle de ton passage. Et de ta halte. L'idée me vient, - il me semble qu'il faut le dire aux hommes -, que la beauté n'est pas une manigance. Ni un fruit qui attend d'être cueilli. Ni une sollicitation. La séduction n'est pas un péché, ni un abandon. La beauté n'attend pas d'être hélée, sifflée, applaudie. Et là, dans le coin, dans la chute sombre du rideau, je m'apaise dans la contemplation de tes images où quelque chose de végétal rencontre l'essor d'un oiseau. Oui, le désir n'a jamais blessé ni flétri personne. Il vient à moi comme un long flux d'oxygène porté par un élan de jazz bleu. Ce qui salit les rues, la nuit, les lits et la vie tout entière, c'est la chute du désir dans le besoin, l'envie, la démangeaison. Son naufrage dans la boue. Oui, la chute, tout ce qui convoite la chute de l'autre relève de la déjection mentale. En attendant, dans cette tenue singulière qui hélas ne vêt jamais les femmes de la rue, voilà une belle créature comme on en croise dans les rêves. 

a hana assise.JPG

LE MODÈLE DU POÈTE

La modèle entra. Je lui désignai le paravent et l'endroit où il fallait qu'elle prît place. Elle s'étonna. Ainsi, je n'avais ni appareil photographique, ni éclairage, ni chevalet, ni pinceaux, ni rien, en somme. Maintenant, dis-je, en me saisissant de mon stylographe et de mon carnet, taisons-nous, car je ne puis écrire mon poème que dans le silence. Elle eut cette allure de nymphe flottant dans la crème de ses voilures. Et j'écrivis un long poème nu et musical entouré de ténèbres, que je consacrai à l'absence et à la grâce d'un fantôme que je connais.

a hana baudelaire.JPG

FLEURS

Hana, connaissez-vous Baudelaire, Charles, roi des poètes, grand albatros, dandy tragique dans Paris ? Et Jenny Sabatier qui l'aime et devant qui le poète se dérobe ? Vous avez sa gorge superbe, telle que Clésinger la représente dans ce marbre intitulé Femme piquée par un serpent. Vous avez sa contorsion ultime, son agonie suave. Oui, pauvre mortel, je m'assois et je songe, léger, pris d'un vertige d'ascension, à de telles et somptueuses agonies de théâtre céleste. Et Jeanne Duval, Hana, la connaissez-vous ? Jeannne de Haïti peut-être, la Vénus noire. Son ombre ici, lascive et dansante, est autour de vous, boa constrictor et caressant. Et votre bouche rouge hante comme la sienne. Et vous avez encore quelque chose de l'actrice Marie Daubrun, ce visage, pour qui Baudelaire écrivit l'Invitation au voyage. Mais tout ceci n'est que la brume du ciel de mon rêve, l'écume de son eau en mouvement. Ici, Hana, il me semble que vous êtes tout entière immergée dans l'encre, les couleurs, le vin, le désespoir, l'aile, la mort, la volupté et la religion des Fleurs du mal. 

a hana blanche.JPG     a hana bras croisés.JPG

LADY JEKYLL & MISS HYDE

Bon. Ici, Lady Jekyll. Là, Miss Hyde. I Miss my Lady. L'une et l'autre vous capturent comme des tableaux de Delacroix. De Zorn. De Velázquez. Tableaux de maître au magnétisme puissant. Le cas est plus étrange qu'il paraît. Dans un singulier mouvement de vases communicants, les vertus de l'une vont, aimantées, aux désordres de l'autre qui, émoustillés, cèdent. Les désordres de l'une ont la grâce des vertus, l'allégresse des oiseaux dans l'été, la lumière mouillée des dauphins bondissant dans la vague. Les vertus de l'autre sentent bon, goûtent sans doute le pain d'épices et vous laissent, vous abandonnent à ces impressions délicieuses de fonte sur la langue. De glissements lents dans la gorge. Un miel qui ferait en glissant un doux fredon d'abeille. De qui d'entre elles deux émanent ce souffle de vanille, ce parfum de muscat, cette vapeur d'encens ? De laquelle d'entre elles deux ce vers sublime, ce chant d'oiselle en fête, ce traînant accord de violoncelle ?  De qui ce lent drapé de velours nocturne, ce clair derme de lune, ce pas catégorique tout au fond du couloir ? Bon. Aucun suspense. J'emporterai chez moi, la belle et son miroir, me souciant peu de savoir qui est la femme, qui le reflet. Mon fantôme et moi savons qu'une vie ne suffit pas à démêler ces choses.

a hana collier.JPG     a hana face.JPG

EUPHORIE DU VOLUBILIS

Je dis d'abord : danseuse de boîte à musique, petite fleur d'antiquité. Je dis ensuite : ballerine à Paris et marquise à sa psyché, rêvant à un amant. Je dis alors : muguet monté en fille, un doigt de thé, un nuage de volupté, merci, une pincée de sucre. Je dis enfin : figure de rhétorique, génie de la neige, elfe dans le friselis des tilleuls, femme dans le navire de la chambre, pétale qui cache la fleur, je dis voilier de nuit, goéland d'algue blanche, mensonge et songe ensemble enlacés, mésange et ange l'un en l'autre engagés, prudence et danse au pas du même amble, carrare, arbre et marbre, curaçao et curare, poison et exocet, île et lien... Puis, je cesse de mâcher. Et je me tais, dans la douce euphorie du volubilis.

a hana perles.JPG